Une semaine dans le Boundou (1)

Publié le 28 Février 2015

Une semaine dans le Boundou (1)

Ah enfin ! Après 3 semaines moroses et solitaires à Tamba, à me demander ce que je pouvais bien faire en attendant la saison apicole, le Boundou est venu me sauver de la dépression... Je remercie mille fois Jean-Marie et Cathy qui m'ont permis de conserver ma santé mentale en m'offrant une semaine de boulot dans le Boundou. Ben oui, pour moi, le boulot, c'est aussi fun que des vacances, et en plus si ça me permet de gagner 2-3 sous pour mon projet, c'est encore mieux ! ;-)

Me voilà donc repartie, comme 7 ans plus tôt, sur les pistes de la RNC du Boundou avec la moto chinoise d'Abdoulaye Kante. A l'époque, la réserve n'existait pas, on trouvait encore de la viande de brousse dans les villages, Kémoko Cissokho était le seul "apiculteur" de toute la zone, et l'élevage de pintades était vu comme une excentricité de quelques Diakhanké. Que de chemin parcouru depuis... le travail avec les écogardes, les apiculteurs, les aviculteurs... la connaissance de la diversité végétale et animale de la zone, le lien entre des villages qui ne se rencontraient jamais auparavant... tant de choses réelles mais difficiles à discerner, évaluer, apprécier... à moins d'avoir été là au début et d'avoir vécu sur place l'évolution des choses.

Voilà pourquoi le PNR de Millevaches, un des partenaires de la RNC du Boundou, m'a demandé de faire le bilan des activités de développement local que nous avions initiées dans la réserve : l'élevage de poules et de pintades, et le fonds d'appui aux activités génératrices de revenus. Evidemment, je ne pouvais pas passer dans la réserve sans faire le point sur le projet apicole initié avec le SAD et le Conseil général de l'Isère. C'est donc avec un ambitieux programme que je partis avec Abdoulaye faire la tournée des 20 villages de la réserve pour intéroger 64 personnes en 4 jours... 250 km de pistes défoncées et poussiéreuses, à se taler les fesses et se flinguer les genoux sur le porte-bagage de la moto d'Abdoulaye. Oui oui, j'ai bien dit plus haut que pour moi c'était le fun !

Allez, on y va, et accrochez-vous, car comme dirait mon homme, le résumé est riche !

Magnifique troupeau de pintades... mais à qui appartient-il ???? Suspense...

Magnifique troupeau de pintades... mais à qui appartient-il ???? Suspense...

BILAN AVICULTURE

Il y a 5 ans, le PNR de Millevaches, via ma maman, initiait une coopération avec la RNC du Boundou. Cette coopération se traduisit tout d'abord par un projet d'appui à l'élevage de poules du Limousin et de pintades, dans le but d'aider les villageois à délaisser le braconnage, Par la suite, un fonds d'appui (microcrédit) fut mis en place afin d'aider les villageois à monter leurs propres projets. Malheureusement pour moi, j'avais décidé de quitter la réserve à ce moment là, et je ne pus suivre l'évolution de ces projets.

Mon enquête commença donc à Koussan, avec mes amis Samba, Oumar et Issa. Comme j'étais déjà venue l'année dernière, je ne fus pas surprise de voir l'état des poulaillers... les élevages de pintades n'avait jamais pu décoller car les chiens avaient rapidement croqué les pintades. Du coup, les poulaillers avaient été délaissés, et la plupart détruits par manque d'entretien. Après avoir bien charrié Samba sur son poulailler (si si, en regardant bien, on peut encore voir les fondations, on se croirait sur le site archéologique de Sansanding !), Oumar me montra le sien en essayant de cacher le fait qu'il manquait la porte. Ah sacrés Oumar et Samba, ils ne sont pas toujours très doués, mais on les aime bien quand même !

Chez Diapa à Seno Thiekoye, le bilan fut plus positif. Malgré un poulailler qui ressemble à une ruine d'Angkor Wat (Diapa l'avait brûlé lui-même pour faire face à une infestation de parasites l'année dernière), Diapa possède encore un beau cheptel d'hybrides Limousine-locale, qui squatte une case vide en attendant la réfection du poulailler. Diapa en est très content, et il les vend 30 à 50% plus cher que les poules locales... les villageois apprécient ! En plus, Diapa reste à l'abri de toute épidémie de peste aviaire dans son petit hameau de Seno Thiekoye. Bien sûr, il aimerait améliorer encore son élevage. La race limousine n'avait pas survécu à la chaleur africaine, mais les hybrides sont très résistants, et les poules hybrides sont de bonnes couveuses... bref, comment faire pour arriver à stabiliser une race hybride ? Quelle autre race pure serait plus adaptée que la race Limousine ? Réflexions en cours...

Ce qui reste des poulaillers de Samba, Oumar et Diapa à Koussan. Alors que la peste aviaire fait des ravages dans la zone, Oumar possède encore quelques poules.
Ce qui reste des poulaillers de Samba, Oumar et Diapa à Koussan. Alors que la peste aviaire fait des ravages dans la zone, Oumar possède encore quelques poules.
Ce qui reste des poulaillers de Samba, Oumar et Diapa à Koussan. Alors que la peste aviaire fait des ravages dans la zone, Oumar possède encore quelques poules.
Ce qui reste des poulaillers de Samba, Oumar et Diapa à Koussan. Alors que la peste aviaire fait des ravages dans la zone, Oumar possède encore quelques poules.
Ce qui reste des poulaillers de Samba, Oumar et Diapa à Koussan. Alors que la peste aviaire fait des ravages dans la zone, Oumar possède encore quelques poules.
Ce qui reste des poulaillers de Samba, Oumar et Diapa à Koussan. Alors que la peste aviaire fait des ravages dans la zone, Oumar possède encore quelques poules.

Ce qui reste des poulaillers de Samba, Oumar et Diapa à Koussan. Alors que la peste aviaire fait des ravages dans la zone, Oumar possède encore quelques poules.

En poursuivant ma tournée, je trouvai d'autres éleveurs, qui me racontèrent leurs réussites ou leurs déboires. Mamadou Diakhité, à Toumboura, est un des meilleurs élèves : son poulailler est toujours là, fonctionnel, ses pintades aussi. L'année dernière, il n'a pas eu de chance, il a perdu tous ses pintadeaux (une centaine) d'une maladie (peste aviaire?). Mais il y a 2 ans, il avait eu plus d'une 30aines de pintades, qu'il avait vendues au village jusqu'à 5000F la pintade. Il a construit un enclos autour de son poulailler ainsi que deux petits poulaillers supplémentaires pour les poules couveuses. Il avait même tenté les canards, mais a arrêté en constatant qu'ils salissaient trop la cour. Il aimerait bien agrandir son poulailler, mais avoue qu'il a des problèmes pour avoir accès aux vaccins.

A Didé, je fus très impressionnée par l'état du poulailler de Mariama, première femme avicultrice appuyée par le PNR. Quoique je ne sois pas surprise qu'un poulailler entretenu par une femme soit dans un meilleur état que celui d'un homme ! Mais malgré la perte de ses pintades (mangées par les chiens), elle a su continuer et elle élève pour le moment des poules locales. Alors que le village subit l'épidémie de peste, ses poules sont bien à l'abri dans le poulailler.

Un de ces deux poulaillers est entretenu par une femme, l'autre par un homme... je vous laisse deviner lequel appartient à Mariama et lequel appartient à Mamadou Fofana ;-)
Un de ces deux poulaillers est entretenu par une femme, l'autre par un homme... je vous laisse deviner lequel appartient à Mariama et lequel appartient à Mamadou Fofana ;-)

Un de ces deux poulaillers est entretenu par une femme, l'autre par un homme... je vous laisse deviner lequel appartient à Mariama et lequel appartient à Mamadou Fofana ;-)

A Didé toujours, j'eus la bonne surprise de trouver deux nouveaux éleveurs de pintades, qui se sont lancés seuls l'année dernière : un écogarde et "ancien" braconnier, Bolonding Diakhaby, et un apiculteur, Ibrahima Fofana. A partir de quelques oeufs donnés par les éleveurs locaux, ils ont pu initier leur élevage. Aujourd'hui Bolonding possède 19 pintades (c'est à lui le joli troupeau photographié en haut), et Ibrahima 7. Apparemment, ils gèrent bien la couvaison et évitent les problèmes... lorsque je demandai à Moussa Cissokho, mon ami écogarde (et aussi "ancien" braconnier), comment Bolonding faisait pour protéger ses pintades des chiens, Moussa me répondit que Bolonding, il a... comment dirais-je... la gachette facile ! C'est vrai que quand on voit Bolonding, on a pas vraiment envie d'aller lui piquer une pintade... dans les photos suivantes, je vous laisse deviner qui est Bolonding et qui est Ibrahima ;-) En même temps, n'était-ce pas le but de ce projet : attirer les chasseurs vers l'élevage pour qu'ils délaissent la brousse ? Avec un peu de patience, on arrivera à lui faire poser son fusil à Bolonding !

Ah... sacrés écogardes de Didé ! Ils nous en font voir mais on les aime bien quand même !

De nouveaux éleveurs de pintades à Didé... un écogarde, Bolonding, et un apiculteur, Ibrahima.
De nouveaux éleveurs de pintades à Didé... un écogarde, Bolonding, et un apiculteur, Ibrahima.
De nouveaux éleveurs de pintades à Didé... un écogarde, Bolonding, et un apiculteur, Ibrahima.
De nouveaux éleveurs de pintades à Didé... un écogarde, Bolonding, et un apiculteur, Ibrahima.
De nouveaux éleveurs de pintades à Didé... un écogarde, Bolonding, et un apiculteur, Ibrahima.
De nouveaux éleveurs de pintades à Didé... un écogarde, Bolonding, et un apiculteur, Ibrahima.
De nouveaux éleveurs de pintades à Didé... un écogarde, Bolonding, et un apiculteur, Ibrahima.
De nouveaux éleveurs de pintades à Didé... un écogarde, Bolonding, et un apiculteur, Ibrahima.
De nouveaux éleveurs de pintades à Didé... un écogarde, Bolonding, et un apiculteur, Ibrahima.

De nouveaux éleveurs de pintades à Didé... un écogarde, Bolonding, et un apiculteur, Ibrahima.

Sur les 15 éleveurs de pintades appuyés par le PNR de Millevaches, seuls 5 possèdent encore leur poulailler (en plus ou moins bon état), et 5 possèdent encore des pintades. Evidemment dit comme ça, et en voyant la tête de certains poulaillers, le bilan peut paraître peu glorieux. Il serait aussi facile de conclure que les éleveurs n'ont pas fait d'effort, qu'ils ont été négligents, qu'ils ne sont pas motivés... mais ce serait une erreur. Car lorsqu'on connait le contexte local, le fait de voir ne serait-ce qu'une seule personne réussir, c'est déjà merveilleux !

De plus, avec nos yeux de toubabs, on ne voit pas tout. On ne nous dit pas tout et donc on ne comprend pas toujours tout. Mais de plus en plus, en vivant au Sénégal, je commence à comprendre, à reprendre le fil de la logique. Bien sûr cela n'excuse pas tout, mais cela explique. Par exemple, je ne comprenais pas pourquoi un éleveur de pintades expérimenté, qui réussissait son élevage chaque année, n'avait pas conservé son poulailler... en fait, il n'avait pas osé me dire que la famille n'appréciait pas que le poulailler soit trop près de la maison (superstition) et il a dû le détruire et doit maintenant le reconstruire plus loin ! Heureusement, j'ai mes indics et mes traducteurs...

Alors moi qui ai toujours tendance à voir le bon côté des choses, je conclurais plutôt :

  1. L'élevage de pintades, qui était très mal vu pour des questions de superstitions, est aujourd'hui mieux accepté et fait de nouveaux adeptes ;
  2. Certains éleveurs ont prouvés qu'ils peuvent mener un projet à bien et sont prêts à continuer ;
  3. Les problèmes que les aviculteurs ont eus peuvent facilement être résolus en continuant un appui technique minime (meilleure protection contre les prédateurs, meilleure gestion des vaccinations et déparasitages...) ;
  4. Les pintades et les poules hybrides sont vendues sur zone ou à proximité (Kidira) à un très bon prix pour les éleveurs, ce qui en fait une activité très rentable.
Abeilles s'abreuvant sur un vieux canari au village (Néma)

Abeilles s'abreuvant sur un vieux canari au village (Néma)

BILAN APICULTURE

Lors de ma tournée, je pris aussi le temps d'interroger chacun des apiculteurs et de visiter tous les ruchers... y compris ceux que je n'avais jamais vu installés. Et croyez-moi, ça valait la peine ! En tout, sur les 90 ruches kenyanes de la zone, 44 sont peuplées, soit presque la moitié. Lorsque l'on pense qu'il y a 5 ans il n'y avait que 2 ou 3 ruches-troncs chez Kemoko à Gonguedji, cela fait une sacrée différence ! Et cela montre à quel point le potentiel apicole est important car toutes ces ruches se sont peuplées de manière naturelle.

Alors oui, cela prend du temps et il y a encore beaucoup d'efforts à faire, mais les bases sont bien posées. Surtout qu'il ne manque pas grand chose pour que toutes les ruches soient peuplées : un meilleur emplacement, un nettoyage fréquent des ruchers et de ruches non peuplées... sans parler des méthodes de capture d'essaims ou de division, qui ne sont pas encore maîtrisées. J'ai pu constater une grande différence entre les zones, notamment le long de la Falémé ou la chaleur est responsable de la désertion de nombreuses ruches. A l'inverse, dans la zone de Gonguédji, on compte 17 ruches peuplées sur 20 !

Ma ruche à Koussan, qui a mis plusieurs années avant d'être peuplée, a résisté à ma récolte de novembre.

Ma ruche à Koussan, qui a mis plusieurs années avant d'être peuplée, a résisté à ma récolte de novembre.

La ruche de Samba Sao, très active. On aperçoit un mâle sur la gauche... la saison apicole commence !

La ruche de Samba Sao, très active. On aperçoit un mâle sur la gauche... la saison apicole commence !

Concernant la récolte du miel, il est malheureusement bien difficile de savoir exactement la quantité récolté à chaque fois. Certains parlent de quelques litres, d'autres de 12 voire 15L par ruche ! Certains le conservent pour la consommation familiale, et d'autres le vendent à 2500F le litre. Un prix bien supérieur à ce qui se pratiquait avant (environ 1000F/L), qui permet de revaloriser le miel du Boundou pour sa qualité, et qui aide à faire reconnaître le travail des apiculteurs.

Evidemment, j'ai dû faire face à la liste de doléances de mes apiculteurs préférés (les 2 Samba, Oumar... pour ne pas les citer), qui se plaignent de ne plus avoir de tenues, de bottes, de gants... tout est gâté, troué, pourri par l'hivernage... Rares sont les apiculteurs ayant encore leur combinaison en état ! Alors que j'écoutais pour la 50è fois Samba Sao réclamer une tenue, et que je lui fis remarquer que je n'étais pas une usine à combinaison, il me répondit en bon pulaar que "lorsqu'un veau voit sa mère au champ, il viendra toujours lui réclamer le lait"... Ah, les proverbes peuls, toute une poésie ;-)  Il ne me reste plus qu'à trouver un substitut aux combinaisons pour la prochaine récolte... je vais leur confectionner un voile avec un sac de riz, ils ne vont pas être déçu !

La saison chaude arrive, les abeilles s'activent autour des puits. La ruche de Bocar Ba, au pied d'un baobab sur lequel 2 essaims sont déjà installés (entre Sansanding et Goundafa). Ca rappellera des souvenirs "piquants" à Romain ;-)
La saison chaude arrive, les abeilles s'activent autour des puits. La ruche de Bocar Ba, au pied d'un baobab sur lequel 2 essaims sont déjà installés (entre Sansanding et Goundafa). Ca rappellera des souvenirs "piquants" à Romain ;-)
La saison chaude arrive, les abeilles s'activent autour des puits. La ruche de Bocar Ba, au pied d'un baobab sur lequel 2 essaims sont déjà installés (entre Sansanding et Goundafa). Ca rappellera des souvenirs "piquants" à Romain ;-)
La saison chaude arrive, les abeilles s'activent autour des puits. La ruche de Bocar Ba, au pied d'un baobab sur lequel 2 essaims sont déjà installés (entre Sansanding et Goundafa). Ca rappellera des souvenirs "piquants" à Romain ;-)
La saison chaude arrive, les abeilles s'activent autour des puits. La ruche de Bocar Ba, au pied d'un baobab sur lequel 2 essaims sont déjà installés (entre Sansanding et Goundafa). Ca rappellera des souvenirs "piquants" à Romain ;-)
La saison chaude arrive, les abeilles s'activent autour des puits. La ruche de Bocar Ba, au pied d'un baobab sur lequel 2 essaims sont déjà installés (entre Sansanding et Goundafa). Ca rappellera des souvenirs "piquants" à Romain ;-)
La saison chaude arrive, les abeilles s'activent autour des puits. La ruche de Bocar Ba, au pied d'un baobab sur lequel 2 essaims sont déjà installés (entre Sansanding et Goundafa). Ca rappellera des souvenirs "piquants" à Romain ;-)

La saison chaude arrive, les abeilles s'activent autour des puits. La ruche de Bocar Ba, au pied d'un baobab sur lequel 2 essaims sont déjà installés (entre Sansanding et Goundafa). Ca rappellera des souvenirs "piquants" à Romain ;-)

BILAN FONDS D'APPUI

Passons maintenant aux choses sérieuses... qu'en est-il du fonds d'appui, initié pour aider les villageois à monter de petites activités via le microcrédit. J'avais participé avec mon ami Fadé à l'étude pour la mise en place du fonds, et puis comme pour le reste, j'étais partie sans voir la suite. J'avais seulement appris qu'une trentaine de personnes avaient pu bénéficier d'un prêt pour des activités liées à la récolte du pain de singe (fruit du baobab). Ma mission avait donc pour objectif de voir ce que les bénéficiaires avaient réalisé et où en étaient les remboursements un an plus tard.

J'avoue que je craignais un peu le résultat de mes enquêtes, car je savais que la plupart des bénéficiaires n'avaient fait qu'acheter du pain de singe pour le revendre par la suite. Niveau réflexion et originalité, c'est plutôt moyen... niveau intégration des idées de la réserve et de la protection de l'environnement, c'est moyen aussi... Bref, j'étais pour le coup plutôt pessimiste sur le résultat avant mon départ... mais comme toujours, j'ai quand même trouvé du positif et mieux compris les choses une fois sur place.

Déjà, première chose positive, la plupart des bénéficiaires ont réalisé des bénéfices grâce à ce prêt. Le meilleur élève, Moussa Cissokho de Toumboura (je le cite car il le mérite) a acheté un mouton à 50 000F, l'a revendu 3 mois plus tard à Kidira à 100 000F, et a remboursé son prêt le premier, dans les délais impartis. Net et sans bavure. D'autres ont réalisés des bénéfices moindres mais honorables, autour de 15 000F, avec l'achat-revente de pain de singe à Koussan. D'autres ont acheté un stock de farine pour que leur femme fasse des beignets... qu'ils ont troqué contre des arachides ou du mil, selon les besoins... c'est mignon, j'aime bien le concept (même si c'est du gluten), mais du coup pour rembourser le prêt avec des arachides, c'est moyen !

Par contre, à Talibadji, j'ai été émue quand mes amis apiculteurs, qui ne sont plus tout jeunes, me racontèrent comment ils avaient foirés leur projet, trop certains de faire de l'argent facile avec l'achat-revente de pain de singe. Djibril avaient donc acheté des sacs de Bouye à 4500F à Talibadji, pour les revendre... au même prix à Goudiry, le transport en plus ! Pauvre Djibril... il n'avait pas fait de plan financier... il aurait du faire un BPREA avant de se lancer. Quant à Shérif, il a réussi à revendre son pain de singe à Talibadji même... avec 50F de bénéfice fait sur l'achat du sac vide... ça valait bien la peine de s'embêter avec le pain de singe ! Aïe aïe aïe...

Bref, je les écoutais en essayant de comprendre pourquoi ils s'étaient tous lancés dans des activités de commerce alors qu'ils auraient très bien pu investir dans du matériel avicole, des médicaments pour leur volaille, une clôture pour leur bétail, ou n'importe quoi qui serait acquis pour la suite. Quelque chose de moins fugace que de l'argent... et puis je me suis dit que j'étais quand même gonflée de leur demander de faire un super projet tout seuls, d'avoir des super idées, de faire en sorte que ça marche et qu'ils remboursent rapidement. Moi-même je refuse de demander un prêt pour mes propres activités parce que j'ai peur d'être incapable de rembourser dans les temps ! Parce que je sais très bien que les activités agricoles mettent du temps à créer des richesses : le temps qu'un arbre pousse et donne des fruits, qu'une ruche se peuple et produise du miel, qu'un cheptel se constitue... et puis il y a tous les aléas climatiques, les risques de vols, les maladies... Comment faire alors pour qu'avec un peu d'argent au départ, on puisse initier une activité durable... c'est ça le vrai challenge. Cela demande un accompagnement conséquent et de la patience.

Quoi qu'il en soit, la bonne nouvelle est que le taux de remboursement s'améliore, on en est à 55% et nous avons bon espoir que d'ici le mois d'avril, la majorité des prêts seront disponibles pour d'autres bénéficiaires... avec des projets cette fois-ci plus réfléchis !

L'art de faire passer le temps quand il fait trop chaud pour faire de la moto ;-)
L'art de faire passer le temps quand il fait trop chaud pour faire de la moto ;-)
L'art de faire passer le temps quand il fait trop chaud pour faire de la moto ;-)
L'art de faire passer le temps quand il fait trop chaud pour faire de la moto ;-)
L'art de faire passer le temps quand il fait trop chaud pour faire de la moto ;-)

L'art de faire passer le temps quand il fait trop chaud pour faire de la moto ;-)

ET ENTRE TOUT CA...

Ma petite mission fut l'occasion de revoir certains villageois, demander des nouvelles des uns et des autres, de partager le riz et le thé. Un des sujets de conversation du moment est le devenir des jeunes qui ont tentés leur chance pour aller en Europe en pirogue via la Lybie. Plus de 30 jeunes par villages sont partis il y a quelques mois. Certains sont revenus, d'autres sont arrivés en Italie ou en France, d'autres encore sont restés emprisonnés en Lybie. D'autres sont morts aussi. Les villageois n'ont hélas pas beaucoup de nouvelles, seulement une liste que la gendarmerie leur adresse lorsque les décès sont confirmés. Parmi ceux qui sont encore en Lybie, deux de nos écogardes... Quand on pense que les familles ont tout donné pour que les jeunes partent, qu'ils ont tapé dans leurs économies (vaches) alors que le dernier hivernage était très mauvais et les récoltes trop faibles.

Heureusement, tous ne partent pas, et on voit quand même de belles initiatives. Abdoulaye, qui n'a pas finit de me faire découvrir la zone, m'emmena jusqu'à Goundiourou, au nord de la RNC, afin de rencontrer un de nos apiculteurs "hors réserve". Je n'imaginais pas que j'allais trouver là-bas un immense jardin collectif, irrigué grâce à un micro-barrage. Oignons, salades, choux... enfin des légumes !!!! et des papayes !!!! Comme quoi, manger des fruits et des légumes en brousse ne serait peut-être pas un rêve inaccessible... surtout si les 3 barrages promis par le PAPIL pour la réserve se réalisent bientôt.

Allez, je vous laisse avec quelques photos de la brousse, car il faut bien se rappeler, on est dans la RNC du Boundou, on on y voit plein de belles choses !

Opa Camara, apiculteur de Samba Colo, fait également un peu de maraichage dans le jardin collectif de Goundiourou... de vrais champs de choux et d'oignons !!!
Opa Camara, apiculteur de Samba Colo, fait également un peu de maraichage dans le jardin collectif de Goundiourou... de vrais champs de choux et d'oignons !!!
Opa Camara, apiculteur de Samba Colo, fait également un peu de maraichage dans le jardin collectif de Goundiourou... de vrais champs de choux et d'oignons !!!

Opa Camara, apiculteur de Samba Colo, fait également un peu de maraichage dans le jardin collectif de Goundiourou... de vrais champs de choux et d'oignons !!!

Dans l'enceinte des cases d'accueil de Talibadji, les rolliers viennent manger les insectes sans se soucier de nous... je n'en avais jamais vu de si près !
Dans l'enceinte des cases d'accueil de Talibadji, les rolliers viennent manger les insectes sans se soucier de nous... je n'en avais jamais vu de si près !
Dans l'enceinte des cases d'accueil de Talibadji, les rolliers viennent manger les insectes sans se soucier de nous... je n'en avais jamais vu de si près !
Dans l'enceinte des cases d'accueil de Talibadji, les rolliers viennent manger les insectes sans se soucier de nous... je n'en avais jamais vu de si près !
Dans l'enceinte des cases d'accueil de Talibadji, les rolliers viennent manger les insectes sans se soucier de nous... je n'en avais jamais vu de si près !
Dans l'enceinte des cases d'accueil de Talibadji, les rolliers viennent manger les insectes sans se soucier de nous... je n'en avais jamais vu de si près !
Dans l'enceinte des cases d'accueil de Talibadji, les rolliers viennent manger les insectes sans se soucier de nous... je n'en avais jamais vu de si près !

Dans l'enceinte des cases d'accueil de Talibadji, les rolliers viennent manger les insectes sans se soucier de nous... je n'en avais jamais vu de si près !

Le dattier du Sénégal (Balanites aegyptiaca)

Le dattier du Sénégal (Balanites aegyptiaca)

Fruits du Balanites aegyptiaca, murtodde en pulaar ou sump en wolof. Très amer mais apprécié pour ses vertus médicinales. Abdoulaye m'a donné un petit secret : les meilleurs murtodde sont les premiers et les derniers de la saison... je confirme, je n'en avais jamais mangé de si bons !

Fruits du Balanites aegyptiaca, murtodde en pulaar ou sump en wolof. Très amer mais apprécié pour ses vertus médicinales. Abdoulaye m'a donné un petit secret : les meilleurs murtodde sont les premiers et les derniers de la saison... je confirme, je n'en avais jamais mangé de si bons !

J'ai enfin trouvé le Stereospermum kunthianum, aussi appelé Vène blanc (Bani Danewi), le fameux arbre en couverture du livre de M. Arbonnier "Arbres, arbustes et lianes des zones sèches d'Afrique de l'Ouest"

J'ai enfin trouvé le Stereospermum kunthianum, aussi appelé Vène blanc (Bani Danewi), le fameux arbre en couverture du livre de M. Arbonnier "Arbres, arbustes et lianes des zones sèches d'Afrique de l'Ouest"

Rédigé par Claire

Commenter cet article

Ndiaye 22/02/2019 22:48

beau travail, bon courage, cela, me donne, envie, vraiment,
surtout que je, suis,originaire, de la, zone,

Béa 01/03/2015 08:46

Tout à fait passionnant ! Merci Claire pour cet article et pour ce bilan.

Claire CLEMENT SECK 01/03/2015 09:44

Merci Agathe, ça fait plaisir de voir que nos petites aventures de brousse intéressent du monde !

Agathe 01/03/2015 09:39

J'ai également apprécié ce "riche résumé" !
Moi aussi j'étais curieuse d'avoir des nouvelles de la réserve, de ce projet que j'ai suivi avec intérêt et plaisir via tes écrits succulents et tes superbes photos !!

Claire CLEMENT SECK 01/03/2015 08:57

Et merci Béa pour ton commentaire ! ;-)