Miel d'hyptis et test du broyeur à miel

Publié le 8 Décembre 2015

Miel d'hyptis et test du broyeur à miel

L'année dernière, fin novembre, nous avions récolté un sublime miel de jujubier dans deux vieilles ruches Langstroth du village. C'était notre première récolte, et cette modeste réussite avait fait son petit effet. Jamais Diambala (le chef du village) n'avait goûté de miel pareil, aussi bon et aussi pur, malgré sa longue expérience de récolteur traditionnel. Malheureusement, la saison sèche 2014-2015 fut particulièrement rude et aucun miel ne put être récolté depuis. Heureusement, l'hivernage dernier fut à l'inverse très pluvieux, les arbres fleurirent en abondance et mes ruches commencèrent à se peupler. Je m'attendais donc à récolter à nouveau en novembre un délicieux miel de jujubier...

Mais voilà, les choses ne se passèrent pas comme prévu. Ou plutôt, je n'ai pas pensé à mettre en corrélation le niveau de développement des colonies avec les floraisons et le niveau de débordement du fleuve... Cette année, le fleuve déborda par endroit, immergeant la plupart des jujubiers, qui fleurirent donc à retardement, au fur et à mesure de retrait de l'eau. Les mares se remplirent, ce qui eut pour conséquence de conserver une humidité de l'air supérieure à l'année dernière, et une fraîcheur inhabituelle à cette période de l'année. Bref, l'année dernière était une année de grande sécheresse, et cette année de grande inondation. Pas évident de s'y retrouver quand on est débutant !

Cependant tout cela, je ne le savais pas encore en ouvrant mes 9 ruches et les 8 ruches de Moussa... J'avais préparé une armée de seaux en plastique et tout bien nettoyé le matériel de récolte. Nous avions visité les ruchers de jour et constaté que les abeilles étaient en pleine activité, une miellée était en cours. Une miellée d'hyptis suaveolens, cette fameuse herbacée sauvage qui pousse en abondance en début de saison sèche. Pas d'autres fleurs à l'horizon, les abeilles se concentraient donc à coup sûr sur l'hyptis.

Hyptis suaveolens, haute herbacée aux petites fleurs mauves et à l'odeur proche de la menthe, qui envahit les bordures de route et les jachères en début de saison sèche.

Hyptis suaveolens, haute herbacée aux petites fleurs mauves et à l'odeur proche de la menthe, qui envahit les bordures de route et les jachères en début de saison sèche.

Une vraie muraille d'Hyptis délimite mon terrain, le long du champ de Keita (qu'il appelle désormais le champ de Claire, tellement ses récoltes sont bonnes depuis que je suis là !)

Une vraie muraille d'Hyptis délimite mon terrain, le long du champ de Keita (qu'il appelle désormais le champ de Claire, tellement ses récoltes sont bonnes depuis que je suis là !)

Les ruches au milieu de l'Hyptis, le nectar en abondance à moins de 2m de vol...

Les ruches au milieu de l'Hyptis, le nectar en abondance à moins de 2m de vol...

Les abeilles ne rentrent même pas leur langue entre deux fleurs !

Les abeilles ne rentrent même pas leur langue entre deux fleurs !

La ruche de Didier (toujours ma référence en terme de développement) est en pleine activité. Toute la journée les abeilles vont en viennent, mieux vaut ne pas se mettre au milieu du passage !

La ruche de Didier (toujours ma référence en terme de développement) est en pleine activité. Toute la journée les abeilles vont en viennent, mieux vaut ne pas se mettre au milieu du passage !

Moussa et moi étions donc parés pour la récolte, nous ouvrîmes chaque ruche une à une... mais quelle frustration : que du couvain à l'horizon ! Du miel operculé en très fine bande sur le dessus des rayons, mais le reste n'était que du couvain fermé. Plus de ponte, plus du couvain ouvert. Nous étions donc arrivés trop tôt ! Pas de miellée de jujubier cette année, trop d'humidité, les abeilles avaient décalé leur développement d'un mois !

Malgré tout, la bonne nouvelle était que les colonies allaient rapidement devenir fortes avec la naissance de toutes ces nouvelles abeilles, et que si la miellée d'Hyptis continuait, nous aurions droit d'ici quelques semaines à du miel d'Hyptis. Les rayons étaient beaux et neufs, le miel commençait à être operculé, d'un jaune magnifique, plus de trace de pollen... nous pûmes même récolter quelques rayons sur 3 ruches afin de goûter ce miel d'hyptis et voir s'il valait celui de jujubier. En tout 13kg de rayons issus de 3 ruches, une petite récolte symbolique pour nous récompenser de nos efforts.

Voici mes premiers gâteaux de miel récoltés dans la ruche parrainée par le chef du village (forcément, ça ne pouvait être que lui) ! 4,5kg sur 4 rayons seulement... Regardez-moi cette belle couleur !

Voici mes premiers gâteaux de miel récoltés dans la ruche parrainée par le chef du village (forcément, ça ne pouvait être que lui) ! 4,5kg sur 4 rayons seulement... Regardez-moi cette belle couleur !

Et là, sans attendre, à peine la combinaison retirée, en pleine nuit au milieu des hautes herbes de mon terrain, je plongeai la main dans le seau pour goûter ce petit trésor tout jaune... ce qui me valut d'ailleurs ma seule et unique piqûre de la semaine (ah, la gourmandise me perdra...). Comment vous décrire ce moment euphorisant, où l'apiculteur goûte le fruit de son travail directement sorti de la ruche, encore tout transpirant et presque asphyxié par la combinaison intégrale, encombré par tout son matériel dégoulinant de miel, hésitant entre allumer la torche pour retrouver son lève-cadre ou l'éteindre pour ne pas attirer les abeilles ? Ceux qui connaissent comprendront, les autres je les invite à venir faire l'expérience ;-)

Bref, ces quelques morceaux de miel étaient aussi le prétexte pour tester le broyeur à miel que m'avait rapporté Jean-Marie dans le but d'aider les apiculteurs de la région à extraire leur miel. En effet, dans ma recherche d'un moyen efficace pour extraire le miel des rayons, j'avais trouvé que les apiculteurs français travaillant en Warré utilisaient maintenant des broyeurs de type "broyeur à pommes". La presse à miel ne me satisfaisant pas (trop lourde à manipuler, beaucoup de miel piégé dans le tourteau de cire), je décidai de tenter le broyeur. Jean-Marie me rapporta donc ce modèle acheté à Naturapi Auvergne.

Le principe consiste à broyer les rayons de miel (préalablement nettoyé des abeilles et gros déchets s'il y en a) au dessus d'une bassine, et de laisser le broyat se décanter. Le miel décantera doucement au fond de la bassine et la cire viendra naturellement à la surface. Il suffira donc de soutirer le miel sous la cire. Voici en photo le résultat de ce premier test :

Le broyeur à miel est installé sur un support de ruche, au dessus d'une bassine sur laquelle j'ai très astucieusement fixé un robinet jaune... très pratique, je vais mettre des robinets partout  maintenant !

Le broyeur à miel est installé sur un support de ruche, au dessus d'une bassine sur laquelle j'ai très astucieusement fixé un robinet jaune... très pratique, je vais mettre des robinets partout maintenant !

Le système de broyage : les couteaux rotatifs découpent les gâteaux, qui passent ensuite entre les deux rouleaux. Ce qui ne passe pas entre les rouleaux est retenu par la grille de couteaux de gauche.

Le système de broyage : les couteaux rotatifs découpent les gâteaux, qui passent ensuite entre les deux rouleaux. Ce qui ne passe pas entre les rouleaux est retenu par la grille de couteaux de gauche.

Il suffit de placer les rayons de miel dans le bac...

Il suffit de placer les rayons de miel dans le bac...

... et on tourne (avec une facilité déconcertante !). Bien sûr cela dépend de l'écartement des rouleaux, il faut donc jouer là-dessus pour trouver le meilleur compromis.

... et on tourne (avec une facilité déconcertante !). Bien sûr cela dépend de l'écartement des rouleaux, il faut donc jouer là-dessus pour trouver le meilleur compromis.

Voici le résultat au bout de quelques tours...

Voici le résultat au bout de quelques tours...

... et le broyat récupéré dans la bassine.

... et le broyat récupéré dans la bassine.

Après une nuit de décantation, nous filtrons le miel qui maturera ensuite gentiment dans un seau pendant quelques semaines.

Après une nuit de décantation, nous filtrons le miel qui maturera ensuite gentiment dans un seau pendant quelques semaines.

En une nuit, une grande partie du miel à déjà décanté, il sort déjà presque pur par mon robinet magique !

En une nuit, une grande partie du miel à déjà décanté, il sort déjà presque pur par mon robinet magique !

Un miel d'un jaune délicat, et d'une douceur... un goût de bonbon Kréma à la Framboise, à s'y méprendre !!! Je n'avais encore jamais goûté du miel comme ça au Sénégal. Les apiculteurs du Sine Saloum n'ont qu'à bien se tenir, je leur apporte de quoi rivaliser avec leur miel de palétuvier !

Un miel d'un jaune délicat, et d'une douceur... un goût de bonbon Kréma à la Framboise, à s'y méprendre !!! Je n'avais encore jamais goûté du miel comme ça au Sénégal. Les apiculteurs du Sine Saloum n'ont qu'à bien se tenir, je leur apporte de quoi rivaliser avec leur miel de palétuvier !

En conclusion, ce premier test est pour moi très positif à plusieurs égards :

  1. Le broyeur permet de traiter une grande quantité de miel en un temps record
  2. Le broyeur permet de travailler beaucoup plus proprement qu'avec la presse (c'est peut-être un argument secondaire, mais pour moi c'est important ;-))
  3. Le broyeur demande beaucoup moins de force que la presse (mes petits bras apprécient!)
  4. Le broyat obtenu est naturellement protégé : le miel décante rapidement (par nos températures africaines, même en hiver) et la cire en surface crée une couche protectrice : on peut donc laisser la première décantation s'effectuer sans crainte que le miel se réhumidifie (en saison sèche en tout cas) ou qu'il soit attaqué par les fourmis.

 

Malgré tout, il faudra résoudre quelques petits points techniques :

  1. Trouver le bon écartement des rouleaux, un bon compromis qui permet de tourner facilement, de bien broyer, sans faire de la purée non plus
  2. En fonction de la température ambiante, trouver le bon temps de décantation avant le soutirage, afin de retirer le maximum de miel
  3. Comment traiter la cire restante si elle contient encore du miel (presse à opercule ?), ce qui risque d'être le cas avec la fraîcheur nocturne (20°C).

 

Quoi qu'il en soit, je suis déjà très contente du résultat, et sur les 13kg de rayons nous avons récupéré en une nuit 10kg de miel. Soit un rendement de 75%, ce que je trouve très honorable. Nous avons laissé le reste du broyat se décanter et d'ici plusieurs jours, nous verrons combien de miel supplémentaire nous pourrons récupérer. Ce qui fait que d'ici Noël, nous serons fin prêts pour récolter une nouvelle fois ce merveilleux miel d'Hyptis ! J'ai trop hâte !!!

Rédigé par Claire

Publié dans #Apiculture

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Oumar Ndiaye 08/12/2015 13:08

Bravo Claire ! Beaucoup de courage avec tes nouveaux expérience c'est bien de découvrir avec toi les sortes de miel qui sont possible à récolter au senegal et aussi d'apporter des technic à presser le miel facilement et proprement ! Du courage

Oumar 08/12/2015 16:24

D'accord Claire c'est promis! Je pense je vai goûter quelque chose comme 2litres! J'ai visiter des ruches ici aussi ils ont des différents sortes de Miel mai leur miel sont conglés à cause du froid

Claire CLEMENT SECK 08/12/2015 14:58

Merci Oumar ! Si tu es sage tu auras le droit de goûter le miel en janvier ;-) Bonjour à Taby et à votre bébé au passage !