Formation apicole à Sélibaby (2)

Publié le 30 Avril 2016

Formation apicole à Sélibaby (2)

Souvenez-vous. En novembre dernier j'étais partie au Sud de la Mauritanie, à Sélibaby, pour donner ma première formation apicole (voir l'article ici) dans le cadre d'un projet de l'ONG Nature Mauritanie et du GRDR. J'avais pour mission de former des menuisiers à la confection de ruches kenyanes, et d'initier un petit groupe d'apiculteurs à la gestion de ces ruches. Ainsi, 9 ruches avaient été placée dans la vallée du Karakoro, un oued faisant office de frontière avec le Mali. Nous avions prévu une formation en deux sessions, et je devais donc revenir 6 mois plus tard pour la récolte et l'extraction du miel... si les ruches avaient bien été peuplées entre temps.

A mon retour au Sénégal, il n'avait pas fallu 15 jours pour que Mamadou Yéro Ba, responsable du projet, m'annonce le peuplement des ruches de Boully et de Kalinioro. Les trois dernière ruches, installées sur un site plus éloigné de l'oued, mirent 2 mois avant de voir leurs premières abeilles. Mais au final, nous pouvions être fiers d'un taux de peuplement de 100%. A croire que les abeilles n'attendaient que ça depuis longtemps !

Première ruche peuplée à Boully

Première ruche peuplée à Boully

C'est en cette fin d'avril que nous avions prévu de faire la récolte, après la floraison du Balanites aegyptiaca, un des arbustes dominants de la zone et très apprécié des abeilles. Cette fois-ci, je n'étais pas seule pour réaliser la formation : mon associé Moussa m'accompagna pour m'aider à gérer cette formation plus délicate. Je savais que son aide serait précieuse pour les traductions en langue locale et le suivi des différents ateliers (récolte, extraction du miel et de la cire).

La formation se déroula cette fois-ci entièrement sur site, dans le village de Boully, afin de pouvoir alterner les cours théoriques la journée et les récoltes le soir. 3 jours et 2 nuits de travail intensif, au rythme du traditionnel thé mauritanien, sous une chaleur étouffante (45°C min, et beaucoup plus avec l'effet du vent) mais avec une bonne humeur toute africaine.

Tout se passa magnifiquement bien, à l'heure près selon le planning prévu (incroyable mais vrai), sous la supervision de la gendarmerie locale qui assura ma protection jusqu'au rucher en cette zone frontalière à risque. Pourtant ce n'était pas gagné car le premier soir, sur le site de Boully, nous trouvâmes que les 3 ruches avaient été pillées, visiblement quelques semaines auparavant. Heureusement, sur le site de Kalinioro, nous récoltâmes 30kg de miel et la déception de la veille fut vite effacée.

Moi et Moussa, bien arrivés au GRDR à Sélibaby
Moi et Moussa, bien arrivés au GRDR à Sélibaby

Moi et Moussa, bien arrivés au GRDR à Sélibaby

Cours en plein air, pour profiter de la "fraîcheur matinale"

Cours en plein air, pour profiter de la "fraîcheur matinale"

Petite pause thé, obligatoire 9 fois par jour sous peine de perdre définitivement l'attention des stagiaires !

Petite pause thé, obligatoire 9 fois par jour sous peine de perdre définitivement l'attention des stagiaires !

Simulation de la technique de récolte : Moussa et moi montrons les gestes et la répartition des tâches entre nous pour un travail efficace.

Simulation de la technique de récolte : Moussa et moi montrons les gestes et la répartition des tâches entre nous pour un travail efficace.

Les stagiaires passent ensuite par groupe de 3 : 1 à la torche et à l'enfumoir, 1 à la brosse et au couteau, et enfin 1 au lève-cadre. Première conclusion : le grand boubou n'est pas du tout adapté à la récolte du miel ;-)

Les stagiaires passent ensuite par groupe de 3 : 1 à la torche et à l'enfumoir, 1 à la brosse et au couteau, et enfin 1 au lève-cadre. Première conclusion : le grand boubou n'est pas du tout adapté à la récolte du miel ;-)

Ensuite, on passe à la pratique... avec une session d'habillage. Moussa aide Batné, d'origine Maure, à mettre sa tenue. A son grand désespoir, Batné a dû retirer son grand boubou qui ne rentrait pas dans le pantalon !

Ensuite, on passe à la pratique... avec une session d'habillage. Moussa aide Batné, d'origine Maure, à mettre sa tenue. A son grand désespoir, Batné a dû retirer son grand boubou qui ne rentrait pas dans le pantalon !

Une fois la troupe habillée, on passe à l'allumage de l'enfumoir. Paille sèche, bouse de vaches et feuilles de combretum, tout est à portée de main !

Une fois la troupe habillée, on passe à l'allumage de l'enfumoir. Paille sèche, bouse de vaches et feuilles de combretum, tout est à portée de main !

Il faut attendre que la nuit tombe pour commencer le travail : les abeilles seront plus faciles à maîtriser dans le noir... et les débutants moins impressionnés s'ils ne voient pas les gros paquets d'abeilles sur eux.

Il faut attendre que la nuit tombe pour commencer le travail : les abeilles seront plus faciles à maîtriser dans le noir... et les débutants moins impressionnés s'ils ne voient pas les gros paquets d'abeilles sur eux.

Première ruche ouverte, les rayons sont parfaitement alignés. Soumaré soulève la barrette sous les ordres de Moussa (à droite)

Première ruche ouverte, les rayons sont parfaitement alignés. Soumaré soulève la barrette sous les ordres de Moussa (à droite)

Quelques rayons plus loin, Soumaré soulève un rayon magnifique : miel operculé et pollen.

Quelques rayons plus loin, Soumaré soulève un rayon magnifique : miel operculé et pollen.

Plus d'une dizaine de rayons ont pu être récolté. Nous nous arrêtons lorsque nous rencontrons le premier rayon de couvain.

Plus d'une dizaine de rayons ont pu être récolté. Nous nous arrêtons lorsque nous rencontrons le premier rayon de couvain.

En refermant la ruche, les stagiaires s'aperçoivent que toutes les abeilles sont dehors... Même pas peur !

En refermant la ruche, les stagiaires s'aperçoivent que toutes les abeilles sont dehors... Même pas peur !

Le lendemain, nous libérons les quelques abeilles piégées dans les rayons récoltés.

Le lendemain, nous libérons les quelques abeilles piégées dans les rayons récoltés.

Une fois les rayons nettoyés, le miel est extrait en utilisant une presse manuelle.

Une fois les rayons nettoyés, le miel est extrait en utilisant une presse manuelle.

Et voilà le moment magique : quand tout le monde se tait et regarde le miel couler...

Et voilà le moment magique : quand tout le monde se tait et regarde le miel couler...

A ce niveau, j'ouvre une petite parenthèse sur l'extrême douceur des abeilles Mauritaniennes. Le premier soir en ouvrant les ruches pillées, leur caractère docile ne m'avait pas surpris plus que cela. Après tout, elles n'avaient plus de réserve donc rien à défendre. Mais le deuxième soir, en ouvrant les 3 ruches pleines de miel, je découvris qu'elles n'étaient pas plus agressives. Aucune attaque en prélevant les rayons, un balayage facile, permettant un travail simple et efficace. A peine besoin de l'enfumoir. Le bonheur !

Alors, chance du débutant ou bien existe-t-il une explication à cette douceur ? S'agit-il d'Apis mellifera adansonii ou d'une autre sous espèce d'abeille ? En regardant rapidement la carte des races d'abeilles de mon traité Rustica, je tombe sur Apis mellifera sahariensis, découverte dans des oasis marocains mais dont l'existence est mise en doute. Elle est décrite comme une petite abeille de couleur jaune-rouge, très docile et peu essaimeuse, tenant très mal le cadre et ayant tendance à se regrouper à l'extérieur sans agressivité. Cette description correspond étonnamment au comportement que je viens d'observer... En y regardant de plus près, les abeilles me semblent effectivement plus rouges que mes bonne vieilles adansonnii toutes jaunes. La sahariensis, si tant est qu'on la reconnaisse en tant que race, serait-elle descendue aussi bas le long des vallées sahariennes jusqu'à atteindre les portes de la zone sahélo-soudaniene ? Elle est aussi décrite comme ayant des capacités d'hybridation excellente, se serait-elle hybridée avec l'adansonnii ???

Ah la la, autant de questions passionnantes que je ne manquerais pas de creuser si je dois retourner en Mauritanie ! L'apiculture n'est pour le moment que très peu pratiquée dans le pays, il n'est donc pas étonnant que l'on dispose de peu d'information sur les abeilles mauritaniennes. Mais compte tenu de la rapidité de peuplement des ruches et de la bonne récolte des jeunes colonies,  il est évident que cette activité peut se développer facilement. La douceur des abeilles, si elle se confirme serait un atout indéniable. Cependant, il ne faudrait pas perturber ce trait de caractère en surexploitant ou en brutalisant les colonies. D'ailleurs, leur douceur pourrait simplement être due à une très faible pression des récoltes sauvages par méconnaissance des populations locales... affaire à suivre donc. Et si des apiculteurs disposent de plus d'informations, je serais heureuse d'échanger à ce sujet.

Les abeilles du Sud de la Mauritanie, de couleur jaune-rouge... s'agirait-il de la race Apis mellifera sahariensis ?

Les abeilles du Sud de la Mauritanie, de couleur jaune-rouge... s'agirait-il de la race Apis mellifera sahariensis ?

Un grand merci aux équipes de Nature Mauritanie et du GRDR

pour l'accueil et l'organisation de la formation.

 

Un grand merci à la famille Diawara et à l'AGLC Karakoro

pour leur accueil à Boully

 

Un grand merci aux animateurs et traducteurs

qui ont assuré la traduction en soninké, pulaar, et hassanya

 

Un grand merci à mes premiers étudiants apiculteurs

pour leur attention et leur motivation :

Diabe Traore, Djibril Coulibaly et Moussa Cheikh Fofana de Boully

Ndiaye Ould Sidi, Cheikh Ould Mséidah et Sadav Ould El Hadj de Moutahala

Amadou Soumare, Batne Ould Oumar et Nalla Daouda Diallo de Kalinioro

 

 

Petite photo de famille avec le fruit de notre travail... allez on montre un peu plus d'enthousiasme !!!

Petite photo de famille avec le fruit de notre travail... allez on montre un peu plus d'enthousiasme !!!

Ah voilà, c'est mieux !

Ah voilà, c'est mieux !

Rédigé par Claire

Publié dans #Apiculture, #Visites et rencontres

Commenter cet article

Mohamed ISMAIL 23/05/2016 13:22

Vous faites un excellent travail, vous rendez un grand service aux communautés , aux pays,
felicitations, je vous ai envoyée un mail
salutations

Chris 07/05/2016 08:31

Bravo ma Claire, et au plaisir d'apprendre davantage sur l'apiculture sénégalaise et mauritanienne !

seck 02/05/2016 13:07

bjr tu as fais un excellent boulot dans des conditions pas faciles peut etre .DU courage et bonne continuation dans touts tes entreprises

Claire CLEMENT 02/05/2016 13:31

Merci beaucoup !

MAULEON Philippe 01/05/2016 06:05

Claire, vous faites un super boulot, je vous admire. Christine REDA, président de notre Association lors de son voyage en Casamance en Février a essayé de vous joindre , laissant plusieurs messages sur votre portable. Elle n'a pas eue de réponse. C'est dommage, elle souhaitait vous rencontrer. Cela reporte à dans un an car elle passe tous les ans en début d'année 1 mois 1/2 en Casamance pour suivre les différents projets que nous réalisons ( voir notre site web.) Bonne continuation et encore bravo pour vos actions; Philppe

Claire CLEMENT 01/05/2016 09:04

Bonjour Philippe,
Merci pour vos encouragements.
Je n'ai pas reçu de message de Christine Reda, peut-être une erreur de numéro ?
Recontactez moi par mail le moment venu. Par contre, je suis bien loin de la Casamance. D'ici l'année prochaine, mes petites cases d'accueil seront peut-être finie et je pourrai alors pour proposer de vous accueillir au village.