Une journée à Kourientine - Novembre

Publié le 12 Novembre 2016

Une journée à Kourientine - Novembre

Voilà plusieurs semaines que je suis installée au village, et la vie s’écoule… dans un étrange mélange de routines et de nouveautés. Les journées passent à toute vitesse, et je n’ai généralement pas le temps de faire la moitié de ce que j’ai prévu. Les activités varient selon le climat du jour, l’état d’avancement des cultures et des colonies d’abeilles, mais aussi selon la vie du village : mariages ou baptêmes, jours de marché dans les ville voisines, etc… Autant dire que je n’ai pas encore eu une minute d’ennui !

Alors pour vous mettre dans l’ambiance, voici une journée type de fin d’hivernage à Kourientine. A cette période de l’année, les pluies sont tout juste finies. C’est la saison des récoltes de céréales. Le climat est encore assez variable : de belles journées ensoleillées avec des pointes à 40°C, quelques journées voilées ou avec une atmosphère un peu lourde. Les nuits deviennent un peu fraîches (25°C) et les matinées sont brumeuses au-dessus du fleuve.

Une journée à Kourientine - Novembre

5h30. La journée commence avec la douce voix de Baketi, le frère du chef de village, qui hurle à plein poumon « Salam, Salam, Salam ». Traduction : « Debout bande de feignasse, c’est l’heure d’aller prier ! ». Juste après mon voisin Fousseyni chante quelques versets du Coran. Les coqs s’y mettent aussi. Moi ça ne me gêne pas, j’ai toujours été une lève-tôt. Du coup je me lève, j’allume RFI, je m’habille, je me fais chauffer mon petit gingembre, et je profite du bon réseau matinal pour vérifier mes mails sur ma tablette. Il ne fait pas encore jour mais on entend le bruit des cordes qui frottent, des poulies qui couinent, et des seaux qui se frappent. Les femmes de la famille puisent déjà, en se saluant bruyamment. Je reconnais le rire de ma maman Fatou Camara, qui ne manque jamais une occasion de se moquer de tout le monde.

Une journée à Kourientine - Novembre

7h. « Rrouuuu Rrouuuu Rrouuu, Fuit Fuit Fuit » Immanquablement, chaque matin à la même heure, Moussa appelle ses poules pour leur donner du grain. Toutes celles qui s’étaient déjà faufilées à travers ma clôture pour explorer mon terrain (c’est un peu l’eldorado des poules chez moi) font demi-tour au pas de course. Dans la panique, elle ne trouve pas toujours par où elles étaient rentrées… Les gens s’activent : les femmes font des allers-retours au puits, les vieux du village se saluent en riant et en criant sur les enfants qui sont déjà en mode « connerie ». Moi j’observe tout ça en faisant un brin de ménage avec mon balai en tige de rônier.

Une journée à Kourientine - Novembre

7h30. Les choses sérieuses commencent. Je débute par l’arrosage de mes petites plantations : papayers, salades, melons, courgettes... je vérifie individuellement chaque melon sous sa moustiquaire, je regarde si de nouvelles pastèques sont apparues pendant la nuit, je croque un gombo frais, je photographie le couple d’aigles qui niche dans les palmiers. J’ai à peine fini que Moussa vient prendre son petit déjeuner. On fait le point sur les activités de la journée. Au choix : bricolage à la maison, tour au rucher pour nettoyer les ruches vides, entretien des pistes, agencement du jardin. Moussa m’accompagne ou non, selon ses obligations familiales. Le village devient rapidement silencieux, tout le monde est parti au champ pour la récolte du maïs. Un enfant passe chevauchant un âne avec son grelot et criant « Youhouh !!! »… Il y en a qui ne s’embêtent pas ! De temps en temps, les plus jeunes enfants de Moussa, Fatou et Sirou, viennent me voir et me suivent partout. Leur mère est au champ et ils vagabondent dans le village. Des fois ils sont mignons, d’autres fois… no comment !

Une journée à Kourientine - Novembre
Une journée à Kourientine - Novembre
Une journée à Kourientine - Novembre
Une journée à Kourientine - Novembre

13h. C’est la mi-journée, le soleil commence à cogner assez fort. J’en profite pour aller puiser de l’eau au puits, désert à cette heure-là. Il fait chaud mais je préfère : il y a de la place, le sol n’est plus boueux aux abords du puits, et les femmes ne sont pas là pour se moquer de ma façon de puiser ou pour m’arracher la corde des mains et puiser à ma place. Je puise une quinzaine de bidons, soit 300L, que je transporte en brouette 2 par 2. Ce travail me prend une bonne heure. C’est long, mais j’ai assez d’eau pour mes besoins personnels et l’arrosage du soir et du matin suivant.

Une journée à Kourientine - Novembre

14h. Une femme m’apporte le plat familial, sans surprise du couscous à l’arachide. Avec un peu de chance, une des femmes de Moussa apporte un petit plat supplémentaire, courges ou patates. De toute façon, moi je préfère mes fruits et mes légumes, mais je n’en ai pas toujours… Moussa vient manger avec moi et on fait le point sur les activités de l’après-midi, généralement plus calme. En attendant que la chaleur descende, Moussa attache des hameçons sur son filet de pêche et moi je fais mon linge ou je bricole dans les cases. Les femmes viennent me saluer de temps à autre, restent un peu en regardant ce que je fais, ou en comptant jalousement le nombre de seaux que je possède. Elles ne parlent pas français, les échanges sont limités.

16h. Les températures sont plus acceptables. On peut enfin faire un tour en brousse. En ce moment, les ruches ont besoin de suivi, car Il faut surveiller celles qui ont besoin d’une hausse supplémentaire, déplacer les ruches mal placées et observer la floraison des jujubiers. Evidemment, on ne fait que repérer le travail à faire, il faut attendre la nuit pour manipuler les abeilles.

Une journée à Kourientine - Novembre

18h. Et rebelote, on arrose !

19h. La nuit tombe vite. Un soir sur deux, Moussa et moi partons au rucher. C’est le moment d’allumer l’enfumoir, d’enfiler la combinaison, d’attacher le matériel sur le porte-bagage du vélo. Arrivés au rucher, Moussa porte les hausses ou les ruches sur sa tête, moi je traine derrière en essayant des porter les petits seaux sans trébucher dans les hautes herbes ni m’asphyxier avec l’enfumoir. Moussa a chaud, il veut finir vite. Moi je galère et je râle parce qu’il brutalise les abeilles. Mais on finit tant bien que mal, et après avoir balayé les abeilles de notre combinaison, on peut enfin la retirer et respirer l’air frais du petit soir en croquant dans un petit morceau de miel.

Une journée à Kourientine - Novembre

20h. Après une bonne douche, j’installe la grande moustiquaire sous le thially et j’attends que Moussa revienne pour le dîner. Devant la boutique du village, les jeunes ont allumé la chaine-hifi et mettent la musique à fond. Tout le monde en profite. Dommage que le choix musical ne soit pas des plus agréables… Presque tous les soirs, Baketi, un des fils ainés de Moussa vient me voir. Il n’aime pas la musique, il préfère être au calme chez moi. Il s’installe silencieusement sur une chaise, et repars quand il en a marre. Des fois il apporte des arachides grillées récoltées du jour. Les femmes de Moussa passent aussi de plus en plus, en essayant de communiquer un peu avec moi, mais les mimes dans le noir, ce n’est pas évident… Ensuite, c’est le défilé des villageois qui cherchent Moussa pour un oui ou pour un non. La plupart du temps je réponds « Moussa anta yéré » (Moussa n’est pas là) car il vadrouille entre toutes les familles pour causer, prendre le thé ou régler les petits problèmes.

22h. Je plie bagage en faisant comprendre que c’est l’heure d’aller se coucher. La musique des jeunes nous accompagnera encore tard dans la nuit, mais finalement ça met de l’ambiance, on s’y fait !

Une journée à Kourientine - Novembre

Rédigé par Claire CLEMENT

Publié dans #La vie là bas

Commenter cet article

Zia Chris 13/11/2016 12:07

Intéressante cette journée, ma Claire ! Car on ne peut pas imaginer cela sans tes descriptions détaillées que j'apprécie beaucoup. Ma favorite : La traduction de "Salam Salam Salam" du matin !!!
J'envie Pierre et Nouchette qui vont arriver bientôt¨! Plein de bises de ta Zia Chris

Philippe 12/11/2016 18:18

Merci pour tes témoignages que je suis avec plaisir .
Au passage connais tu les pompes a cordes qui faillent grandement la corvée d'eau et qui ne coute presque rien à réaliser. Je peux te transmettre un PDF "technique". Nous en avons installer une à Kabadio l'hiver dernier pour un cout de l'ordre de 60 €.
Bonne suite
Philippe