Distillation de l'huile essentielle de menthe poivrée

Publié le 2 Novembre 2019

Distillation de l'huile essentielle de menthe poivrée

Voilà un article promis de longue date… vraiment longue date car je m’aperçois que mon dernier date du mois de juin. Honte à moi de vous laissez sans nouvelle aussi longtemps ! Mais je rappelle que je publie plusieurs fois par semaine des photos sur ma page facebook (lien sur le bandeau de droite) pour ceux qui seraient en manque. J’en suis presque à la 200e, et n’oubliez pas, j’ai promis un petit jeu concours pour la 200e avec un petit cadeau de ma boutique à la clé… si cela ne motive pas les plus récalcitrants je me rends !

L’hivernage est donc passé sur ma machine à laver à vélo, et malgré une saison des pluies capricieuse nous n’avons fait que planter, planter, planter, puis désherber, désherber, désherber… puis hélas depuis peu, arroser. Ce qui fait que ma menthe qui patientait déjà depuis quelques temps a dû encore attendre ce mois d’octobre pour être distillée.

Enfin voilà, tout arrive à point qui sait attendre, je vous livre le fruit de mon travail du mois, et vous explique pas à pas comment on obtient de l’huile essentielle à partir d’un hydro-distillateur. Vous allez voir c’est magique ! Ce n’est pas très compliqué, cela ne nécessite pas d’avoir fait un Bac +10 en chimie ou en botanique, même si quelques connaissances de bases aident bien sûr. Cela demande juste d’avoir un goût prononcé pour l’expérimentation, de la patience, de la délicatesse (pour manipuler les plantes ET la verrerie), un bon sens de l’observation, et une bonne résistance aux vapeurs qui embaument la salle d’extraction !

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La Menthe poivrée (Mentha x piperita)

Les menthes font partie de la famille des Lamiacées, et il en existe de nombreuses espèces de part le monde. La menthe poivrée Mentha x piperita est un hybride spontané entre la menthe aquatique (Mentha aquatica) et la menthe verte (Mentha spicata) qui a été décrite depuis le 18e siècle en Angleterre, mais dont on soupçonne l’existence depuis l’antiquité, comme le laissent penser certains écrits égyptiens. On la reconnait à son odeur particulièrement forte et épicée. On l’apprécie pour ses vertus médicinales mais aussi bien sûr pour son goût, et sa culture s’est donc diffusée dans le monde entier. Au Sénégal, on l’appelle « Naana » et on l’utilise surtout pour parfumer le thé quotidien.

Elle se développe très bien pendant la saison sèche et au début de la saison des pluies, même en plein soleil pour peu qu’on l’arrose abondamment matin et soir. Elle supporte mal les fortes pluies du mois d’août-septembre et l’invasion de termites qui s’en suit… mais elle survit si on l’entretien un minimum (binage et arrosage). Avec une exposition plus ombragée, on obtiendra de plus longues tiges et des feuilles plus grandes. Je ne l’ai cependant jamais vue fleurir sous nos latitudes. Personnellement je la cultive dans différents endroits du jardin, c’est notamment un très bon couvre-sol.

Elle est plutôt résistante aux ravageurs et aux maladies, bien que les mouches blanches l’attaquent volontiers en saison fraîche (tâches blanches sur les feuilles) et que les chenilles mangent ses feuilles lorsqu’elles n’ont plus rien d’autre à se mettre sous la dent.

Menthe poivrée (Mentha x piperita). Au passage, le petit x entre les noms de genre et d’espèce indique qu’il s’agit d’un hybride.

Menthe poivrée (Mentha x piperita). Au passage, le petit x entre les noms de genre et d’espèce indique qu’il s’agit d’un hybride.

La menthe s’étend rapidement sur de grandes surfaces, c’est donc un très bon couvre-sol.

La menthe s’étend rapidement sur de grandes surfaces, c’est donc un très bon couvre-sol.

Récolte, lavage et séchage

On conseille généralement de récolter la menthe au début de la floraison, lorsque sa teneur en huile essentielle est maximale. Mais comme je vous l’ai dit, ici au Sénégal, la menthe ne fleurit pas. Je la taille donc à différentes périodes de l’année, dès qu’elle est suffisamment développée. Si on l’arrose bien, elle repoussera très vite. Je préfère toutefois attendre que les tiges soient assez grande, car je soupçonne que le rendement soit meilleur… et les tiges ont également une importance dans le remplissage de la cuve, vous allez comprendre après. J’évite également les périodes où les feuilles sont trop attaquées par les mouches blanches, c’est du bon sens.

Pour récolter, j’utilise une paire de ciseaux pour être le plus délicat possible et éviter la perte d’huiles essentielles, très volatiles. Je récolte tôt le matin, lorsque les feuilles sont encore pleines de rosée, car je trouve qu’elles se conservent mieux le temps de la récolte. J’évite cependant de récolter de trop grandes quantités d’un coup, car cela demande du temps et les premières tiges récoltées pourraient s’abîmer avant de les avoir mises à sécher correctement.

On conseille aussi généralement de ne pas laver les plantes, car même si les huiles essentielles ne se dissolvent pas dans l’eau, elles sont tellement volatiles qu’une partie peut s’échapper de la plante pendant la manipulation. J’ai d’ailleurs souvent observé de petites tâches huileuses à la surface de mon eau de lavage… mais voilà, chez moi en saison sèche la menthe est au ras du sol et on y trouve souvent de petites saletés (poussière, terre collée par l’arrosage, petits insectes, divers déchets végétaux…). Mon côté maniaque ne résiste donc pas à l’envie de laver TRES RAPIDEMENT la menthe au fur et à mesure de la récolte. Je ne lui fais passer qu’un seul lavage rapide, de quoi faire tomber les quelques saletés, puis je la secoue gentiment avant de la mettre dans une bassine en attente du séchage. Cette étape permet aussi d’éliminer les feuilles jaunes ou abîmées. Je pense que dans un climat chaud et sec comme le mien, cette étape se justifie et provoque peu de pertes pour peu qu’on soit suffisamment rapide et délicat.

Belle récolte de menthe… qui ne représente que quelques centaines de gramme de menthe fraîche !
Belle récolte de menthe… qui ne représente que quelques centaines de gramme de menthe fraîche !

Belle récolte de menthe… qui ne représente que quelques centaines de gramme de menthe fraîche !

Pour distiller une plante, on peut utiliser soit directement la plante fraîche, soit la plante « préfanée » (c’est-à-dire séchée 1 à 2 jours, le temps que les feuilles flétrissent), soit la plante séchée (c’est-à-dire lorsque les feuilles sont friables lorsqu’on les froisse). Selon le type de plante et vos conditions climatiques, vous trouverez quel est le meilleur choix.

Pour ma part, je préfère faire sécher  complètement ma menthe avant de la distiller, et j’ai d’ailleurs lu que la menthe se prêtait bien à cette méthode compte tenu de sa fragilité et de la volatilité de ses huiles essentielles. Comme il faut une grande quantité de menthe pour remplir la cuve, je stocke petit à petit mes récoltes bien sèches dans des seaux hermétiques. Cela à l’avantage de pouvoir distiller à n’importe quel moment par la suite. De plus, en saison sèche, je passe directement du stade « plante fraîche » au stade « archi sec » en 48h de séchage !

Les tiges de menthe étant relativement petites, je préfère les faire sécher sur une moustiquaire accrochée au plafond de mon atelier. Je laisse bien sûr les portes ouvertes la journée pour créer un courant d’air. La menthe embaume la pièce en un rien de temps ! Bien que la menthe sèche très vite, je la laisse 3 ou 4 jours par sécurité si je dois la conserver longtemps. Mais attention à ne pas prolonger inutilement le séchage : des chercheurs ont prouvé qu’un temps de séchage supérieur à une semaine diminue généralement le rendement de l’extraction. J’ai effectivement constaté que la « bonne odeur de menthe » dans la pièce s’atténuait avec le temps, et que lorsque je froissais les feuilles d’une menthe laissée trop longtemps à l’extérieur, l’odeur était moins forte.

Menthe fraîche disposée sur une moustiquaire, au plafond d’une pièce propre et aérée

Menthe fraîche disposée sur une moustiquaire, au plafond d’une pièce propre et aérée

Menthe séchée, quelques jours plus tard… vous constatez la réduction du volume !

Menthe séchée, quelques jours plus tard… vous constatez la réduction du volume !

L’Hydro-distillateur

Avant d’en venir à la distillation, une description du matériel que j’utilise s’impose. Il s’agit d’un Hydro-distillateur, qui permet d’extraire les huiles essentielles par entrainement par la vapeur. C’est la méthode la plus commune et la plus douce, qui permet d’obtenir les huiles essentielles d’excellentes qualité et dans leur quasi-totalité. La machine que j’utilise vient de la Verrerie de Laboratoire Lesaint à Clermont-Ferrand (France) dont voici le lien :

L’hydro-distillateur est donc constitué :

  • D’une cuve (ici de 30L) muni d’une grille dans lequel on place les végétaux,
  • D’un raccord muni d’un robinet, qu’il faudra brancher à une source de vapeur (ici une cocotte-minute et son réchaud, non fournis avec la machine bien sûr),
  • D’un ensemble de verrerie composée d’un triangle surmonté d’un réfrigérant à boules, le tout permettant la condensation des vapeurs et la séparation de l’huile essentielle et de l’hydrolat,
  • D’une pompe à eau et ses tuyaux, qu’il faudra plonger dans un seau d’eau fraîche et relier au réfrigérant, afin de refroidir et condenser les vapeurs sortantes.

Libre à vous d’installer l’ensemble sur un support de votre choix, le principe étant de trouver des supports à la bonne hauteur pour que 1) la pompe soit à la hauteur de la verrerie et 2) que vous soyez à l’aise pour extraire l’huile essentielle et l’hydrolat au fur et à mesure de la distillation.

L’ensemble est de très bonne qualité et je recommande bien sûr cet appareil pour ceux qui souhaiteraient débuter dans la production d’huile essentielle. La cuve de 30L n’est pas très grande, mais est largement suffisante pour apprendre l’extraction, tester de nouvelles huiles essentielles et calculer des rendements, ou encore distiller des plantes fragiles ou rares. Pour produire de manière régulière de plus grandes quantités d’huiles essentielles, il vous faudra opter pour des cuves plus grandes.

Un tel appareil n’est bien sûr pas donné et le prix en dissuadera plus d’un. La verrerie est ce qui coûte le plus cher car elle est fabriquée spécifiquement pour cet usage. Le triangle est la pièce maîtresse, et vous devez le manipuler avec prudence ! Il existe bien d’autres types d’hydro-distillateur, mais le verre permet de suivre tout le processus, ce qui est parfait lorsque l’on apprend. De plus, le verre étant inerte, il ne réagira pas avec les huiles essentielles (tout comme la cuve en inox) ce qui permet d’obtenir des huiles et hydrolat d’excellente qualité.

Hydrodistillateur bien installé et prêt à fonctionner

Hydrodistillateur bien installé et prêt à fonctionner

Détail de la verrerie

Détail de la verrerie

Le principe de la distillation est simple : la vapeur produite par la cocotte-minute va traverser les plantes contenues dans la cuve et entraîner les huiles essentielles volatiles. La vapeur chargée des huiles va sortir de la cuve par le triangle, puis monter dans le réfrigérant pour sortir… sauf que l’eau froide qui circule dans la double-paroi du réfrigérant va refroidir rapidement la vapeur qui va alors se condenser. Les gouttes formées vont donc retomber tout droit dans le triangle. Les gouttes d’eau et les gouttes d’huile vont se séparer en deux phases : la phase huileuse colorée (huile essentielle) au dessus de la phase aqueuse incolore (hydrolat ou eau florale). L’hydrolat retournera dans la cuve via le petit tuyau du triangle, tandis que l’huile essentielle s’accumulera dans la partie évasée. Mais il est bien plus intéressant de récupérer l’hydrolat, qui a également un usage thérapeutique, au fur et à mesure de la distillation en le soutirant par le robinet. Vous pourrez attendre la fin de la distillation pour soutirer alors l’huile essentielle, à moins que votre rendement soit tel que vous deviez soutirer une partie en cours de distillation… tout dépend de la quantité et de la plante distillée.

 

Remplissage de la cuve

Le remplissage de la cuve est une étape très importante qui demande un bon savoir-faire de la part de l’opérateur. L’objectif est de remplir la cuve de manière uniforme, afin que la vapeur puisse traverser l’ensemble de la masse végétale pour en extraire un maximum d’huile essentielle. Il faut bien tasser pour que la vapeur passe lentement, mais pas trop sinon la vapeur choisira un chemin privilégié (qu’on appelle cheminée). Et le remplissage est particulièrement délicat avec des plantes très sèches ! Par contre vous n’êtes pas obligé de remplir TOUTE la cuve jusqu’en haut, vous pouvez très bien distiller une demi-cuve, c’est l’agencement des plantes qui est importante.

En pratique, il faut prendre de petites poignées de plantes et les disposer sur toute la surface de la grille, puis superposer les couches en tassant un peu (surtout sur les bords) et en veillant à ce que l’ensemble soit homogène. Généralement la présence de tiges aide à faire en sorte que les feuilles ne s’écrasent pas les unes sur les autres. Mais les tiges sont moins riches en huile essentielle que les feuilles, il ne faut donc pas en abuser.

Dans les faits, il m’arrive toujours d’avoir des zones sèches après distillation, ce qui est bien sûr du gâchis car une certaine quantité d’huile essentielle n’aura pas été extraite. Je tente à chaque fois de m’appliquer plus, je tasse un peu moins le milieu et plus les bords, mais je ne me rappelle jamais vraiment comment je fais d’une fois sur l’autre… j’imagine que c’est une technique qui s’affine avec le temps et qui fait tout l’art de l’artisan distillateur.

Mais quelle quantité de plante doit-on mettre, vous demandez-vous ? Eh bien tout dépend de la plante en question. Pour la menthe, je mets entre 500 et 600g de plantes séchées, cela ne paraît pas grand-chose… J’avoue ne pas avoir pesé mes récoltes fraîches, mais cela représente pourtant plusieurs bassines pleines de menthe fraîche. C’est BEAUCOUP de menthe et BEAUCOUP de travail !

La cuve est munie d’une grille qui permet de rehausser les végétaux et d’éviter qu’ils ne bouchent le passage de la vapeur. Si vous distillez de très petites feuilles ou des graines, vous pouvez placer un tissu en coton sur la grille afin qu’elles ne tombent pas au fond.

La cuve est munie d’une grille qui permet de rehausser les végétaux et d’éviter qu’ils ne bouchent le passage de la vapeur. Si vous distillez de très petites feuilles ou des graines, vous pouvez placer un tissu en coton sur la grille afin qu’elles ne tombent pas au fond.

Une cuve de menthe séchée remplie pratiquement jusqu’en haut

Une cuve de menthe séchée remplie pratiquement jusqu’en haut

La même cuve après distillation, la masse végétale s’est bien tassée jusqu’à la moitié de la cuve

La même cuve après distillation, la masse végétale s’est bien tassée jusqu’à la moitié de la cuve

En sortant la masse végétale restante, vous pouvez observer une partie sèche à droite, qui n’a pas été touchée par la vapeur… damned !

En sortant la masse végétale restante, vous pouvez observer une partie sèche à droite, qui n’a pas été touchée par la vapeur… damned !

Dans le fond de la cuve, quelques feuilles sont tombées, ainsi qu’un peu de vapeur condensée qui est retombée pendant la distillation. Cela arrive fréquemment.

Dans le fond de la cuve, quelques feuilles sont tombées, ainsi qu’un peu de vapeur condensée qui est retombée pendant la distillation. Cela arrive fréquemment.

La distillation

Maintenant que nous avons rempli notre cuve, que nous l’avons bien fermée avec son bouchon à vis étanche, il vous faut finaliser l’installation :

  • Remplissez la cocotte-minute avec 4 litres d’eau de source non chlorée (la qualité de l’eau est très importante puisque c’est avec elle qui formera l’hydrolat et avec laquelle l’huile essentielle sera en contact),
  • Vissez le robinet du tuyau à gaz sur la cuve et branchez le côté opposé à la sortie de la cocotte-minute,
  • Insérez le triangle sur le bouchon de la cuve (sans trop forcer pour ne pas galérer à le retirer à la fin) et fixez la tige de maintien en la « clippant » délicatement sur le triangle. ATTENTION, veillez à ce que le robinet du triangle soit en position fermé !
  • Insérez délicatement le réfrigérant sur le triangle,
  • Plongez la pompe à eau dans le seau d’eau (15L pour une bonne inertie thermique) et branchez les tuyaux de la pompe au réfrigérant,
  • Préparez un grand pot de confiture avec couvercle pour l’hydrolat, et une éprouvette avec une pipette, ou bien une ampoule à décanter pour récupérer l’huile essentielle,
  • Ah et j’allais oublier… prévoyez une chaise confortable, un carnet et un crayon, un MP3 ou un livre !

CONSEIL : préparez 2 autres seaux de 15L d’eau pour changez l’eau de refroidissement au fur et à mesure de la distillation et maintenir un bon refroidissement du réfrigérant (pour une meilleure condensation des huiles essentielles). Ou alors, si vous en avez, vous pouvez simplement rajouter des pains de glace dans le seau au cours du travail.

Allumez le gaz sous la cocotte-minute, allumez la pompe à eau… et c’est parti !

Au départ, vous pouvez mettre le gaz sur un feu vif, le temps de faire réchauffer la cuve (environ 20 minutes), mais il vous faudra rapidement passer à un feu doux pour la distillation, pour ne pas perdre les huiles essentielles dans les vapeurs sortantes. Les premières minutes de distillation sont critiques, vous devez donc être très attentif à l’échauffement de la cuve et à l’apparition des premières buées sur la verrerie, au risque de perdre les huiles essentielles les plus volatiles par un démarrage trop brutal. Les effluves de menthes sont un bon indicateur, et elles arrivent généralement dès que la cuve est chaude : c’est le signe que les premières huiles essentielles commencent à sortir.

Il vous faudra également jouer avec le brûleur pendant la distillation pour trouver le bon équilibre pour que les vapeurs se forment ni trop vite (et s’enfuient, perdues à jamais) ni trop lentement (et retombent prisonnières au fond de la cuve)… encore un coup de main à prendre !

En moyenne comptez 1h30 à 2h pour une distillation selon la plante, le remplissage de la cuve et son degré de séchage. Je dépasse volontiers les 2h pour m’assurer d’avoir une huile essentielle complète. En effet  les différents composés chimiques sont extraits plus ou moins facilement, et une extraction trop courte ne contiendrait pas tous les composés qui font la richesse et la qualité d’une huile essentielle. Pour savoir si l’extraction est complète, je vérifie en mesurant à la règle la hauteur d’huile essentielle recueillie dans la colonne du triangle : je continue tant que je gagne 1 mm toutes les 5 minutes, en dessous j’estime que ce n’est plus la peine de gaspiller du gaz et mon temps. En comptant la préparation, la distillation et le nettoyage, l’ensemble du travail me prend 4h. Vous comprenez donc l’importance d’avoir une grande cuve lorsque l’on a beaucoup de végétal à distiller.

Une fois la distillation finie, je vous conseille de collecter l’huile essentielle rapidement et de démonter la verrerie à chaud pour que les pièces se déboîtent facilement. Prenez un torchon pour ne pas vous brûler, tournez le réfrigérant et déboîtez-le, mettez-le à l’abri, puis démontez le triangle. Vous aurez ensuite tout le temps de nettoyer la machine une fois qu’elle aura refroidi. Si vous avez trop tardé pour déboîter la verrerie que cette dernière est coincée, il vous faudra refaire chauffer l’extracteur, mais surtout ne forcez pas ! Je ne conseille pas l’usage de vaseline sur les embouts du triangle et du réfrigérant au montage, car j’ai constaté un mélange avec l’huile essentielle pendant la distillation, conduisant à une division de la phase huileuse en plusieurs parties, y compris dans la partie remontant du triangle. Depuis que j’ai laissé la vaseline, je n’ai plus jamais eu ce problème…

REMARQUE : je distille très tôt le matin, vers 5h, avant que le jour se lève parce que 1) j’aime travailler tôt le matin et surtout 2) cela me permet de mieux refroidir l’eau car je ne dispose pas de glace et que les journées sont toujours très chaudes chez moi. Désolé donc pour la faible qualité des photos.

Lorsque la cuve est chaude, la vapeur d’eau commence à se former et on observe de la buée sur la verrerie. C’est le moment de se concentrer et de régler le bruleur à petit feu.
Lorsque la cuve est chaude, la vapeur d’eau commence à se former et on observe de la buée sur la verrerie. C’est le moment de se concentrer et de régler le bruleur à petit feu.

Lorsque la cuve est chaude, la vapeur d’eau commence à se former et on observe de la buée sur la verrerie. C’est le moment de se concentrer et de régler le bruleur à petit feu.

Une petite astuce : je place un couvercle de pot de confiture sur la sortie du triangle. Attention je ne le bouche pas, je le pose seulement. Ainsi, les vapeurs qui veulent s’enfuir vont le soulever comme une soupape. Je trouve que cela freine les vapeurs et aide à la condensation. Le bruit du couvercle qui saute est aussi une bonne alerte pour diminuer le gaz.

Une petite astuce : je place un couvercle de pot de confiture sur la sortie du triangle. Attention je ne le bouche pas, je le pose seulement. Ainsi, les vapeurs qui veulent s’enfuir vont le soulever comme une soupape. Je trouve que cela freine les vapeurs et aide à la condensation. Le bruit du couvercle qui saute est aussi une bonne alerte pour diminuer le gaz.

A partir d’environ 20-30 minutes, les premières gouttes de vapeurs se condensent, mais il ne s’agit que d’eau. Notez la position fermée du robinet.

A partir d’environ 20-30 minutes, les premières gouttes de vapeurs se condensent, mais il ne s’agit que d’eau. Notez la position fermée du robinet.

Et quelques minutes plus tard, les premières gouttes d’huiles essentielles surnagent au dessus de l’eau ! C’est le T0 de notre distillation (heure de démarrage). Dans le cas de la menthe, les molécules extraites sont les monoterpènes très volatiles et incolores. Il est donc difficile de voir exactement la première goutte.

Et quelques minutes plus tard, les premières gouttes d’huiles essentielles surnagent au dessus de l’eau ! C’est le T0 de notre distillation (heure de démarrage). Dans le cas de la menthe, les molécules extraites sont les monoterpènes très volatiles et incolores. Il est donc difficile de voir exactement la première goutte.

Très rapidement la phase huileuse s’agrandit et la phase aqueuse remonte par le petit tuyau du triangle
Très rapidement la phase huileuse s’agrandit et la phase aqueuse remonte par le petit tuyau du triangle

Très rapidement la phase huileuse s’agrandit et la phase aqueuse remonte par le petit tuyau du triangle

Si vous souhaitez conserver l’hydrolat, il vous faudra le soutirer très fréquemment. Pendant ce temps les huiles essentielles s’accumulent au dessus. Attention en soutirant l’hydrolat, arrêtez-vous à temps pour ne pas prendre d’huile essentielle !

Si vous souhaitez conserver l’hydrolat, il vous faudra le soutirer très fréquemment. Pendant ce temps les huiles essentielles s’accumulent au dessus. Attention en soutirant l’hydrolat, arrêtez-vous à temps pour ne pas prendre d’huile essentielle !

Vous pouvez constater qu’au début de la distillation la phase huileuse est incolore, puis elle se trouble, puis se colore en jaune très très pâle, puis en fin de distillation a une jolie couleur jaune paille limpide. Cela reflète les différentes molécules chimiques extraites au cours de la distillation car chaque famille de molécule possède sa propre couleur. Cela prouve l’importance d’une distillation lente et longue, afin de récupérer l’ensemble des molécules chimiques qui formeront l’huile essentielle complète.

Vous pouvez constater qu’au début de la distillation la phase huileuse est incolore, puis elle se trouble, puis se colore en jaune très très pâle, puis en fin de distillation a une jolie couleur jaune paille limpide. Cela reflète les différentes molécules chimiques extraites au cours de la distillation car chaque famille de molécule possède sa propre couleur. Cela prouve l’importance d’une distillation lente et longue, afin de récupérer l’ensemble des molécules chimiques qui formeront l’huile essentielle complète.

A partir d’une demi-heure de distillation, la quantité d’huile essentielle devient assez importante. Cela implique que l’hydrolat retombe très rapidement dans la cuve. Vous êtes donc obligé de soutirer l’hydrolat plus souvent, ce qui n’est pas très confortable. Vous pouvez donc soutirer l’huile essentielle en cours de distillation dans une éprouvette.

A partir d’une demi-heure de distillation, la quantité d’huile essentielle devient assez importante. Cela implique que l’hydrolat retombe très rapidement dans la cuve. Vous êtes donc obligé de soutirer l’hydrolat plus souvent, ce qui n’est pas très confortable. Vous pouvez donc soutirer l’huile essentielle en cours de distillation dans une éprouvette.

Attention en soutirant, l’hydrolat et l’huile essentielle sont très chaudes à la sortie du triangle !

Attention en soutirant, l’hydrolat et l’huile essentielle sont très chaudes à la sortie du triangle !

Après soutirage d’une première partie de l’huile essentielle, la distillation se poursuit, mais la phase huileuse augmente beaucoup plus lentement.

Après soutirage d’une première partie de l’huile essentielle, la distillation se poursuit, mais la phase huileuse augmente beaucoup plus lentement.

En fin de distillation (environ 2h une cuve pleine de menthe séchée), vous pouvez soutirer le restant d’huile essentielle et le réunir avec la première partie soutirée. Vous constaterez que la dernière partie est plus colorée que la première.

En fin de distillation (environ 2h une cuve pleine de menthe séchée), vous pouvez soutirer le restant d’huile essentielle et le réunir avec la première partie soutirée. Vous constaterez que la dernière partie est plus colorée que la première.

Versez ensuite votre huile essentielle dans une ampoule à décanter afin d’homogénéiser le tout. Vous pouvez laisser l’huile quelques heures (voire quelques jours si votre huile est trouble) le temps que la décantation soit optimale, puis vous pourrez mettre en bouteille.

Versez ensuite votre huile essentielle dans une ampoule à décanter afin d’homogénéiser le tout. Vous pouvez laisser l’huile quelques heures (voire quelques jours si votre huile est trouble) le temps que la décantation soit optimale, puis vous pourrez mettre en bouteille.

Rendement

Le rendement correspond à la quantité de ml d’huile essentielle extraite à partir de 100g de plante sèche. J’ai pu réaliser 5 distillations et mes rendements ont varié entre 1 et 1,3%. Cela signifie que pour une cuve pleine contenant entre 500 et 600g de menthe séchée, j’ai recueilli entre 6 et 8ml d’huile essentielle. Mon rendement n’est pas optimal puisque je retrouve quelques amas de plantes encore sèches dans la cuve. Je n’ai malheureusement pas trouvé de références sur le rendement de la distillation à partir de la menthe séchée, car généralement on donne les rendements à partir des plantes fraîches (ml d’huile essentielle obtenue à partir de 1kg de plante fraîche).

 

Analyse et chémotype

Lors de la formation que nous avons suivie l’année dernière, nous avons pu faire analyser nos 4 premiers échantillons d’huile par le laboratoire de Volatolomique de l’Université de Liège – Gembloux Agro-Bio Tech, en Belgique (que je remercie au passage). Ces analyses permettent de déterminer l’ensemble des composés chimiques et leur proportion relative. Ces données sont indispensables pour déterminer le chémotype de notre huile (la ou les 2 molécules chimiques principales) et donc ses propriétés et ses usages en aromathérapie. Elles permettent également de déceler la présence de molécules allergènes ou potentiellement dangereuses.

La composition chimique et les pourcentages relatifs sont le reflet d’un territoire : composition du sol, conditions climatiques, faune et flore l’environnant. Car une plante sécrète des huiles essentielles pour elle-même : pour se protéger de maladies ou de la chaleur, pour se défendre contre des insectes ou parasites, ou au contraire pour attirer des pollinisateurs, voire pour communiquer entre elles. Une même huile essentielle peut donc avoir des compositions très différentes d’un territoire à un autre.

La composition chimique varie aussi en fonction de la période de récolte (en fonction du cycle de développement de la plante), de la durée de la distillation (rappelez-vous que tous les composés chimiques ne sont pas extraits en même temps) et de l’habileté de l’opérateur (ne pas laisser s’échapper les premières HE volatiles, bien régler le gaz…).

Voilà pourquoi il est indispensable de faire analyser ses produits avec de les utiliser voire de les commercialiser. Le mieux étant de faire analyser un échantillon d’un lot issu de plusieurs distillations pour obtenir une moyenne. Sachez cependant que vous ne pouvez pas distiller et mélanger des plantes récoltées dans des endroits géographiquement éloignés, car même la composition du lot serait alors très aléatoire et non reproductible.

Pour notre menthe poivrée, 18 composés aromatiques ont été identifiés dont les majoritaires sont les suivants:

  • 32% de Menthol (Terpène alcool)
  • 30% de l-menthone (Cétone)
  • 13% de Menthyl acétate (Ester)
  • 8% de 1,8-Cinéole (Ether oxyde)
  • 5% de Pulégone (Cétone)

Cette composition correspond au chémotype classique de la menthe poivrée. Ouf ! Seule la pulégone est normalement à un pourcentage un peu plus faible (3%) et doit être surveillée car il s’agit d’un actif biologique dont la concentration est réglementée. Compte tenu du fait que l’huile essentielle de menthe poivrée s’utilise en très faible quantité, localement et sur de courtes périodes, cette concentration de pulégone n’est pas un frein à son utilisation. Cela signifie donc que nous pouvons utiliser notre huile essentielle selon les recommandations d’usage en aromathérapie.

L’huile essentielle de menthe poivrée a une couleur jaune pâle

L’huile essentielle de menthe poivrée a une couleur jaune pâle

Utilisation de l’huile essentielle et de l’hydrolat de menthe poivrée

L’huile essentielle de menthe poivrée est très puissante et est considérée comme une des huiles essentielles indispensables à avoir à la maison et dans sa trousse « aroma » d’urgence.

Personnellement je l’utilise très souvent l’huile essentielle de menthe poivrée :

  • pour calmer les maux de tête
  • contre le mal des transports
  • pour soulager un coup ou des douleurs dentaires, par son effet refroidissant et légèrement antalgique
  • Pour soulager les crampes d’estomac ou en cas de digestion, mais j’avoue qu’une très forte infusion fait aussi bien l’affaire !

Pour utiliser une huile essentielle, la règle est de toujours la diluer dans de l’huile végétale, à un pourcentage qui dépend de l’utilisation. En pratique, on peut utiliser l’huile essentielle de menthe poivrée pure ponctuellement en cutanée : une goutte déposée sur le doigt que vous frottez sur le front pour les maux de tête ou sur une zone douloureuse (en évitant les yeux !). En sublingual pour les maux de ventre et nausées: déposez une goutte entre votre pouce et votre index, et posez votre langue dessus plusieurs fois.

Du fait de son effet refroidissant, il faut l’utiliser uniquement localement (et pas en massage sur tout le corps !). En cas d’accident (œil qui pique, ou fort refroidissement), badigeonnez-vous immédiatement d’huile végétale pour diluer l’huile essentielle, le soulagement sera immédiat !

Du fait de sa puissance, elle fait l’objet de restriction : elle est interdite aux femmes enceintes et allaitantes, aux enfants de moins de 3 ans (risque de spasme laryngé) et aux personnes ayant un terrain asthmatique ou épileptique. Oui cela fait beaucoup, mais on aurait tort d’écarter cette huile essentielle qui apporte vraiment un soulagement rapide à de nombreux petits maux. Vous trouverez d’ailleurs de nombreux ouvrages, ou sites internet, décrivant tous les usages possibles de l’huile essentielle de menthe poivrée et les conseils d’application en toute sécurité.

L’hydrolat de menthe poivrée est aussi très intéressant :

  • Pour calmer les maux de tête, en compresse sur le front et les tempes,
  • Pour son effet rafraichissant et dynamisant, en vaporisation sur le visage
  • Pour les maux de ventre en interne

Les hydrolats sont beaucoup plus faciles à prendre que les huiles essentielles et ils comportent moins de contre-indications. Personnellement je ne suis pas encore très aguerrie sur l’utilisation des hydrolats, mais je constate qu’ils peuvent être utiles là où l’huile essentielle a ses limites. Je vous invite donc  vous renseigner sur les hydrolats et à les essayer. Leur seul problème est qu’ils se conservent moins longtemps que les huiles essentielles, 1 an max dans des conditions normales de stockage.

Voilà pour se très long article qui j’espère vous aura fait découvrir une petite partie du monde passionnant des huiles essentielles !

 

PS : Notre production étant encore à se jour très petite, nous ne commercialisons qu’en quantité limitée et vente en direct à la ferme.

Rédigé par Claire CLEMENT

Publié dans #Huiles Essentielles

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Sara 09/08/2020 14:55

Je rectifie mon commentaire précedent pas clair.
" prendre l'eau du distillat, soit l'hydrolat, le mettre dans la cuve au lieu de l'eau, pour distiller une deuxième fois les plantes."
Voilà, bon courage

Claire CLEMENT 09/08/2020 17:25

Bonjour Sara, et merci pour votre message.
je n'avais jamais pensé distiller une deuxième fois !
Par contre j'ai l'habitude de distiller avec la cocotte-minute... conseillez vous pour un deuxième passage de le faire non a la cocotte mais avec l'eau au fond de la cuve ? Je ne récolte que 300ml d'hydrolat par distillation, il est déjà bien concentré, cela impliquerait de le diluer encore avec de l'eau...
J'imagine aussi qu'il faut trier les plantes une fois la 1ere distillation effectuée et ne garder que les plantes qui sont restées sèche.
Dites mois si j'ai bien compris ????

Sara 09/08/2020 14:52

Bonjour,

Très interessant votre article et très juste aussi. Je suis herboriste-herbaliste et si je peux me permettre de vous donner un conseil concernant les parties de la plante qui non pas distillé, il faut récupérer l'huile essentielle, prendre l'eau du distillat, soit l'hydrolat, pour une deuxième fois les plantes. Avec ce procédé, vous récupérez encore un peu d'huile essentielle, et votre hydrolat sera particulièrement chargé en molécules, dont plus éfficace.
Bonne continuation

Sim et Dom 04/02/2020 11:22

Bravo pour vos explications très claires. Je lis votre blog avec beaucoup d'intérêt et de plaisir et apprécie l'humour avec lequel vous racontez. Cela fait du bien de ressentir votre dynamisme.
Sur la distillation de la menthe, j'ai vu que dans le bidon, après la distillation, il restait des zones sèches qui n'avaient pas été imprégnées par la vapeur. Je distille avec le même appareil (c'est mon mari, le verrier qui les fabrique!) et j'ai rencontré aussi ce problème au début : il faut bien remplir le bidon en croisant les couches pour bien répartir les plantes, en tassant légèrement, mais pas trop pour que ça ne fasse pas bouchon. Il faut que la vapeur rencontre une résistance pour qu'elle prenne le temps d'imprégner la plante, sinon, elle passe trop vite en trouvant des couloirs.
Si vous n'avez pas assez de plantes pour remplir le bidon, on peut surélever la grille en la posant par ex. sur un tuyau inox de diamètre 12/15 et en le perçant pour que la vapeur circule.
Voilà ! Continuez à nous raconter vos "aventures",( sur le blog) c'est passionnant.

Sim et Dom 04/02/2020 15:54

oups! petite erreur sur le commentaire précédent: le tuyau inox pour relever la grille doit être de diamètre 18cm, sinon la grille ne tient pas et la hauteur 25cm.