Miel de Mangrove, un petit comparatif

Publié le 13 Mai 2014

Miel de Mangrove, un petit comparatif

Lors de mon récent séjour dans le Sine Saloum (voir Les apicultrices de Djirnda et Mounde), j'ai pu acheter quelques pots de miel de mangrove récoltés dans les villages de mon étude. Ma venue tombait à point nommé, puisque la plupart des apiculteurs avaient réalisé une petite récolte en mars et vendaient actuellement leurs derniers pots. La prochaine récolte, la plus importante, n'aurait lieu qu'en juin-juillet.

On m'avait souvent vanté les mérites de ce fameux miel de mangrove, au goût merveilleux, doux, soignant toutes les maladies... enfin bref, un vrai petit miracle à lui tout seul ! J'étais donc curieuse de découvrir ce petit bijou, vendu pour la modique somme de 1500 ou 2000F le pot de 350g. A côté de notre miel de Tamba vendu à 2500F le litre (soit 1800F le kg), le miel de mangrove passe pour un produit de luxe ! Mais malgré ce prix plus élevé, les petits pots de miel de mangrove se vendent comme des petits pains, les clients venant spécialement de Dakar pour le trouver.

Je vous propose donc de découvrir trois miel dits "de mangrove" du Sine Saloum, provenant des villages de Djirna et Mounde (du côté de Foundiougne) et de Sangako (près de Toubacouta). Je précise toutefois qu'il s'agit seulement d'un petit comparatif personnel fait à partir de mes connaissances, sans prétention de "classer" ces miels, mais juste pour mieux comprendre ce que l'on appelle miel de mangrove.

Miel de Mangrove, un petit comparatif

En faisant quelques recherches sur Internet, j'ai vite constaté qu'il existe peu d'information sur le miel de mangrove, aussi appelé miel de Palétuvier. Dans mon Traité Rustica de l'apiculture, on le cite simplement en disant qu'il est "très clair et sucré, a un goût caractéristique et cristallise rapidement". On peut aussi trouver qu'il a un goût "sucré salé". Dans les villages, les apiculteurs m'ont globalement confirmé ces traits généraux, notamment la cristallisation, qui peut même se produire dans les rayons à certaines périodes de l'année.

Toutefois, en regardant, mes 3 échantillons, il est évident que ces miels sont très différents en termes de couleur, de texture et de goût. L'explication la plus probable est que ces miels ne sont pas des miels de palétuviers à 100%, et que d'autres fleurs sont butinées par les abeilles dans des proportions variées. Regardons donc ces échantillons de plus près :

  Djirnda Mounde Sangako
 % humidité 17,5% 17,5% 17,5%
 Couleur Jaune doré Ambré clair Ambré foncé
 Odeur

Sec, léger (foin?)

Sec, plus fort (foin?)

Chaud (caramel ou pruneau?)

 Texture En cours de cristallisation Liquide Liquide
 Goût Fruité, doux, sucré Fruité, plus corsé Arôme d'agrumes

 

Le miel de Djirna (à gauche) est d'un jaune doré et est nettement différent des deux autres miels. La différence entre le miel de Mounde et celui de Sangako est très légère, et difficile à voir sur cette photo.

Le miel de Djirna (à gauche) est d'un jaune doré et est nettement différent des deux autres miels. La différence entre le miel de Mounde et celui de Sangako est très légère, et difficile à voir sur cette photo.

Le miel de Mounde (au milieu) est un peu moins foncé que celui de Sangako (à droite).

Le miel de Mounde (au milieu) est un peu moins foncé que celui de Sangako (à droite).

Pourcentage d'humidité :

Le pourcentage d'humidité est un critère important pour déterminer la qualité d'un miel. En général, on considère qu'un miel de qualité ne doit pas dépasser 18% pour garantir une bonne conservation du produit. En effet, un miel trop riche en eau peut fermenter. Ici, le taux est pour les trois de 17,5%, ce qui est très bon (Taux déterminé à l'aide d'un réfractomètre manuel). En saison sèche, le taux d'humidité est très faible, ce qui explique que les miels africains soient très concentrés. Cependant, dans les mangroves, les ruches sont sur l'eau et les apiculteurs rapportent le miel en pirogue, ce qui pourrait être une source de réhumidification du miel. On peut donc conclure que les apiculteurs travaillent sérieusement.

Couleur :

Le miel de Djirnda est le seul à avoir une couleur jaune clair, caractéristique du miel de palétuviers. Les miels de Mounde et Sangako ont une couleur ambrée, assez proche. Le miel de Mounde est toutefois un peu plus clair, ce qui laisse penser à une situation intermédiaire.

Odeur :

Bon, à ce niveau, c'est assez subjectif. Mettre un nom sur une odeur de miel, c'est un peu comme pour le vin, il faut de l'entrainement. Je dirais que le miel de Djirnda a une odeur sèche de foin, que l'on retrouve dans le miel de Moundé, en plus prononcé. Le miel de Sangako a une odeur plus forte, chaude, qui me fait penser au caramel ou même au pruneau. Je n'ai rien trouvé concernant l'odeur du miel de mangrove dans la littérature, je ne peux donc rien conclure pour ce paramètre.

Texture :

Seul le miel de Djirnda montre une cristallisation en cours, les deux autres miels étant très liquides. Moi qui croyait qu'aucun miel ne cristallisait au Sénégal, à cause de la chaleur et du faible taux d'humidité... eh bien maintenant j'ai la preuve qu'il en existe au moins un ! Un autre bon point pour Djirnda, qui se raproche une fois de plus du miel de mangrove.

Goût :

Comme pour l'odeur, mettre un nom sur un goût subtil est délicat... mais bon, je me lance ! Pour moi, le miel de Djirnda a un goût très doux, fruité, sucré mais pas salé. Le miel de Mounde est aussi fruité, mais plus fort. Le miel de Sangako est lui très différent, plus fort, avec un goût d'agrume très agréable.

La preuve, le miel de mangrove cristallise !!! Même s'il a tendance à se reliquéfier depuis qu'il est à Tamba sous les 40°C !

La preuve, le miel de mangrove cristallise !!! Même s'il a tendance à se reliquéfier depuis qu'il est à Tamba sous les 40°C !

C'est qu'à force d'essayer de deviner le goût, on finit par tout manger !

C'est qu'à force d'essayer de deviner le goût, on finit par tout manger !

En conclusion :

En analysant les paramètres précédents, il est raisonable de conclure que le miel de Djirnda est le plus proche de ce qu'on appelle le miel de Mangrove, bien que je n'ai pas trouvé qu'il ait un goût sucré-salé. Les miels de Mounde et de Sangako récoltés en mars-avril sont probablement des miels toutes fleurs (comprenant les palétuviers). Connaissant les villages de Djirnda et Mounde, cette hypothèse est plausible : l'île de Djirnda possède une très faible diversité d'espèces mellifères en dehors des palétuviers, alors que Moundé possède une grande forêt comprenant diverses espèces mellifères (combrétacées, jujubiers, anacardiers, manguiers...). Je ne connais pas la zone de Sangako, mais le village étant en zone terreste, les abeilles doivent avoir accès à une grande diversité de plantes. Et lorsque l'on sait qu'une abeille peut butiner jusqu'à 3km de sa ruche...

Quoi qu'il en soit, les trois miels testés sont excellents, et j'ai même une petite préférence pour le miel de Sangako, avec son petit goût d'orange.

 

L'appellation "Miel de Mangrove" :

Tout d'abord, précisons qu'au Sénégal, il n'y a pas de réglementation spécifique pour l'étiquetage du miel et encore moins pour ses appellations. En général, l'appellation "Miel de Mangrove" est utilisée par les apiculteurs du Sine Saloum et de Casamance, lorsque les ruches sont placées dans les mangroves. Toutefois, rien ne garantit que les abeilles ne butinent que les fleurs de palétuviers pour donner un miel monospécifique. D'autant plus qu'il existe 3 ou 4 espèces de palétuviers dans les mangroves !

Il serait pourtant facile de faire de miel de palétuviers (avec un s cette fois) en étant attentif aux périodes de récolte. En effet, les palétuviers fleurissent un plus grand nombre en juin-juillet, à une période où les autres espèces ne sont généralement plus en fleurs.  A l'inverse, en saison sèche, les autres espèces étant en fleur, on obtient de fait un miel mélangé. Mais bon au fond qu'importe, je ne suis pas une farouche défendeuse des miels monospécifiques... garantir un miel de qualité est le plus important, ensuite ce n'est qu'une histoire de goût.

Le seul problème, c'est que le miel de mangrove étant très recherché, les apiculteurs en profitent pour appliquer des prix nettement supérieurs à la moyenne nationale, environ 6000F/kg. Certes, l'apiculture en zone de mangrove nécessite plus de frais à cause du transport en pirogue. Mais tout de même, vendre du miel toutes fleurs à ce prix là n'est  pas très correct. De plus, les clients pourraient ne pas comprendre les différences de couleurs et de goût, et penser que le miel est trafiqué... ce qui nuirait à l'apiculteur.

Selon moi, l'appellation "Miel de mangrove" devrait plutôt faire référence à une zone géographique, et il faudrait ensuite préciser "Miel de palétuviers" ou "Miel toutes fleurs". Une autre solution serait de préciser la saison de récolte "Saison sèche" ou "Hivernage", afin de mieux faire comprendre aux clients les différences qu'ils observent.

Si vous connaissez le miel de mangrove, n'hésitez pas à laisser un commentaire à cet article !

Rédigé par Claire

Publié dans #Apiculture

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François Morel 03/07/2019 16:39

Merci Claire je vous ai adressé un mail par ailleurs...

François Morel 03/07/2019 15:08

Bonjour Claire, merci pour cet article très documenté et intéressant. Avez-vous eu l'occasion de tester le miel de Ndangane, non loin des lieux de production que vous citez ? Il est recueilli par les femmes du village dans la mangrove, lorsqu'elles vont chercher les huîtres de palétuvier.

Claire CLEMENT 03/07/2019 15:55

Bonjour François,
Non je ne connais pas le miel de Ndangane, car je ne suis pas retournée dans le saloum depuis cette étude. A l'occasion je le ferai,
Bien cordialement,
Claire

Ted Heller 16/03/2019 10:51

Merci pour votre trop bel article ! Très beau travail ...
J'ai acheté quelques kilos de miel de Casamance et en ai ramené de 2 sortes..
Ils correspondent aux deux miels les plus foncés que vous présentez.
Je les ai vraiment adoré car ce parfum est vraiment différent de ce que nous connaissons...
Une personne qui les a goûté pense qu'il y a eu du sucre de rajouté !
Il est vrai qu'ils ne cristallisent pas et je ne sais plus bien quoi penser...
Pour ma part, je ne sens pas de goût de sucre ajouté, mais comment être sûr ?
Cordialement,

Ted

Claire CLEMENT 03/07/2019 15:59

Bonjour Ted,
Merci pour votre message (que je n'ai pas vu plus tôt, toutes mes excuses).
Pour savoir si votre miel a été coupé au sirop de sucre, je ne connais pas de methode simple et efficace.
On peut cependant se fier à son goût, si l'on connait déjà le miel en question. ..
Sinon je pense que le poids peut etrenun bon indicateur. 1L de miel pèse 1,4kg, un miel frelaté sera en toute logique plus léger...
A tester !
Bien cordialement,

Claire

Diéna 02/03/2019 14:08

Bonjour j’ai bien apprécié vos commentaires sur le miel de manière générale. Je souhaiterai avoir votre avis sur le miel de Bandia, je m’y approvisionne souvent à raison de 6.000F/litre d’eucalyptus et 4.000F/litre acacia . Merci

Claire CLEMENT 02/03/2019 16:03

Bonjour Diena,
Désolé, je ne connais pas le miel de Bandia, je ne peux donc pas vous renseigner.

marquet 12/11/2018 19:52

Bonjour comment se procurer ce miel . Et combien coûte 500 gr votre prix est francs sénégalais ?
Merci